02.11.2007

[Poésie] L'ombre du menhir


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La bruyère s'affaissait et le vent soupirait
Tandis que s'approchait une silhouette pâle.
Ses yeux où se mêlaient azur, rubis et jais
Semblaient sortis droit des Enfers, joyaux du Mal.

Tristesse et larmes se mêlent à la pluie.
Souffrance et sang se mêlent aux pleurs.
Dans ces yeux, un feu glacé de vengeance luit,
Réchauffant le macabre nectar du malheur.

Du bord de la falaise, elle prit son envol,
Survolant l'onde aux noirs et sanglants flots tranchants,
Chevauchant l'éclair dans sa sombre ascension folle.

En témoins de cette sorcellerie, nuls mots,
Mais, en mon coeur, cet évanescent souvenir
Entretenu par sept énigmatiques menhirs.

Sarodim.

31.10.2007

[Poésie] Je t'adore - Charles Baudelaire

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т'α∂σяє...

Je t'adore à lgal de la vte nocturne,
O vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis,
E
t que tu me parais, ornement de mes nuits,
P
lus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.

J
e m'avance à l'attaque, et je grimpe aux assauts,
C
omme après un cadavre un cur de vermisseaux,
E
t je cris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu'à cette froideur par tu m'es plus belle.


¢нαяℓєѕ вαυєαιяє

10.10.2007

[Poésie] Le capitaine

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Le capitaine 

Médusé, face au radeau
Qui tremble au milieu des écueils
Snobant ceux qui l'ont mis à l'eau
Il reste accroché à son orgueil

Son navire odieusement éventré
Se couche peu à peu sur le flanc
Mais debout, suprême timonier
Il enfile ses derniers gants blancs

Si son fils est ainsi touché
C'est que quelque part il a failli
On ne quitte pas un enfant blessé
On lutte et on meurt avec lui

La tempête redouble de rage
Comme pour saluer ce survivant
Qui seul au milieu du naufrage
Oppose l'honneur aux éléments

Mère et épouse jamais ne comprendront
Ces actes fous et insensés
Que les femmes nomment déraison
Et que les hommes appellent fierté

JesusFrance ( www.zentropa.info ) 

05.09.2007

[Poésie] La fontaine de sang

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Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ai
nsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je
l'entends bien qui coule avec un long murmure,
M
ais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

A
travers la cité, comme dans un champ clos,
I
l s'en va, transformant les pavés en îlots,
saltérant la soif de chaque créature,
E
t partout colorant en rouge la nature.

J
'ai demandé souvent à des vins capiteux
D
'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le
vin rend l'œil plus clair et l'oreille plus fine!

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
M
ais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fa
it pour donner à boire à ces cruelles filles!

Charles Baudelaire 

26.08.2007

[Mythologie] La Vouivre

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C’est un serpent ailé dont le corps est recouvert de feu.
Elle a sur le front un oeil unique,
diamant luminescent qui éclaire et qui projette une vive lumière que l’on voit de très loin.
Lorsqu’elle se montre en femme,
elle est très belle mais tout autant redoutable que sous son aspect de dragon.
La nuit, elle traverse les airs en battant bruyamment des ailes,
guidée par l’escarboucle lumineuse qui lui sert de regard.
Le jour, elle reste à dormir, lovée au fond d’une caverne, puis descend vers la rivière pour se baigner.
Tantôt elle vole jusque-là,
s’ébroue et bat des ailes comme le font les oiseaux,
d’autres fois elle se coule dans les flots avec sa peau d’écailles et sa queue ondoyante,
mais le plus souvent elle préfère se dépouiller de ses fabuleux atours
afin de sentir la fraîche caresse des eaux contre son corps nu.
Dans l’herbe, à l’abri des regards,
elle cache sa parure serpente et dépose dessus l’oeil précieux.
Combien sont venus l’épier,
attendre cet instant pour lui voler son bien.
Le maraud n’a qu’à tendre le bras pendant que la Serpe s’éloigne d’une brasse argentée,
attraper le bijou et s’enfuir.
On dit que, privée de cette escarboucle, la Vouivre ne voit plus rien.
Il n’a pas encore refermé les doigts sur la pierre qu’un horrible sifflement le glace jusqu’aux os.
Il voit surtout les dents pourléchées par une langue bifide,
et au milieu du front de la bête,
son visage convulsé de terreur que les mille facettes du diamant déchirent en morceaux.

 

On a beau les prévenir,
c’est toujours la même chanson.
On les retrouve déchiquetés, disloqués ou calcinés,
et dès qu’on veut les retirer de la vase, ils tombent en poussière,
tandis que la Vouivre ressurgit toujours triomphante des flots.

14.08.2007

[Poésie] L'horloge

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L'horloge

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !
L
es vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se
planteront bientôt comme dans une cible;

Le pl
aisir vaporeux fuira vers l'horizon
A
insi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque
instant te dévore un morceau du délice
A c
haque homme accordé pour toute sa saison

Tr
ois mille six cents fois par heure la Seconde
Ch
uchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'i
nsecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois
Et j'a
i pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,

Tantôt sonnera l'heure le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard!"

Charles Baudelaire