24.03.2009
[Normandie] Vues du Cotentin
La lande de Lessay est une des plus considérables de cette portion de la Normandie qu’on appelle la presqu’île du Cotentin. Pays de culture, de vallées fertiles, d’herbages verdoyants, de rivières poissonneuses, le Cotentin, cette Tempé de la France, cette terre grasse et remuée, a pourtant, comme la Bretagne, sa voisine, la Pauvresse-aux-Genêts, de ces parties stériles et nues où l’homme passe et où rien ne vient, sinon une herbe rare et quelques bruyères bientôt desséchées. Ces lacunes de culture, ces places vides de végétation, ces terres chauves pour ainsi dire, forment d’ordinaire un frappant contraste avec les terrains qui les environnent.
Elles sont à ces pays cultivés des oasis arides, comme il y a dans les sables du désert des oasis de verdure. Elles jettent dans ces paysages frais, riants et féconds, de soudaines interruptions de mélancolie, des airs soucieux, des aspects sévères. Elles les ombrent d’une estompe plus noire… Généralement ces landes ont un horizon assez borné. Le voyageur, en y entrant, les parcourt d’un regard et en aperçoit la limite. De partout, les haies des champs labourés les circonscrivent. Mais, si, par exception, on en trouve d’une vaste largeur de circuit, on ne saurait dire l’effet qu’elles produisent sur l’imagination de ceux qui les traversent, de quel charme bizarre et profond elles saisissent les yeux et le cœur. Qui ne sait le charme des landes ?… Il n’y a peut-être que les paysages maritimes, la mer et ses grèves, qui aient un caractère aussi expressif et qui vous émeuvent davantage.
Elles sont comme les lambeaux, laissés sur le sol, d’une poésie primitive et sauvage que la main et la herse de l’homme ont déchirée. Haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine. Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille ménagère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne comprend pas plus les divines ignorances de l’esprit, cette poésie de l’âme qu’elle veut échanger contre de malheureuses connaissances toujours incomplètes, qu’elle n’admet la poésie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inutilité des choses.
Pour peu que cet effroyable mouvement de la pensée moderne continue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises physiques qu’on prend pour de la Civilisation et du Progrès, il n’y aura ni ruines, ni mendiants, ni terres vagues, ni superstitions comme celles qui vont faire le sujet de cette histoire, si la sagesse de notre temps veut bien nous permettre de la raconter.
Jules Barbey d’Aurevilly, L’Ensorcelée, 1854
Vague Normande
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17.10.2008
[Normandie] Vous savez que vous êtes Normand quand....
-Quand vous prétendez aimer la pluie.
-Quand vous revendiquez l'appartenance du mont saint michel (ra il est normand!).
-Quand vous criez 'eulo' en plein moment de surprise.
-Quand vous avez visité 15 fois le mémorial de Caen et 20 fois les plages du débarquement avec votre école.
-Quand vous avez dansé sur mes souliers sont rouges.
-Quand vous prétendez vivre près de Deauville sans jamais avoir aperçu une star... (pas encore qui sait...).
-Quand Cherbourg veut dire autre chose que parapluie.
-Quand vous clanchez la porte pour ensuite la barrer.
-Quand vous allez foutre en l'air vos pompes dans la boue des papillons de nuit.
-Quand vous allez faire votre shopping à Mondeville 2.
-Quand vous maudissez le beurre salé.
-Quand vous attendez désesperement qu'un TGV passe dans le coin.
-Quand vous pouvez en une seule journée voir le lever et le coucher du soleil.
-Quand vous prétendez que les 14 ne savent pas conduire (sauf si vous êtes du 14...)
-Quand vous dites que Flavie Flament et Laurent Ruquier viennent d'tcheu nous (on s'en fout...)
-Quand vous prononcez tous les 'é' de la même façon.
-Quand vous dites que vous allez passer vos vacances en Angleterre et que vous allez à Jersey ou Guernesey.
-Quand vous revendiquez qu'il n'y a pas que des vaches et des alcooliques dans votre région (à méditer...)
-Quand vous avez appris à faire du vélo sur la digue de coutainville.
-Quand d'ailleurs le nom de votre ville finit par -ville.
-Quand votre frigo est rempli de produits 'elle-et-vire' 'président' et autres produits laitier de nos bonnes vaches.
-Quand vous abusez du trou normand aux repas...
-Quand vous allez prendre une bonne gaufre à la sucette chaude.
-Quand vous êtes fière de votre drapeau Or et Rouge.
-Quand 'Paul dans sa vie' est resté 4 mois à l'affiche de votre cinéma.
-Quand vous avez peur qu'un avion s'écrase sur la Hague.
-Quand votre grand mère se plaint des jeunes 'da steu'.
-Quand vous avez rêvé de sauter du pont de la souleuvre (si ce n'est pas déjà fait).
-Quand vous répondez 'ptete ben qu'oui, ptete ben qu'nan'.
-Quand vous avez peur de trouver une bombe en creusant dans votre jardin.
-Quand vous râlez parce qu'un 75 n'avance à rien.
-Quand vous compter les jours avant qu' IKEA n'ouvre ses portes à Caen.
-Quand il y a autant de rond points que de voitures sur la route.
-Quand les pommiers vous donnent envie d'écouter du Jazz.
-Quand vous passez la toile, à défaut de passer la serpillère.
-Quand vous 'bouinez' à la place de faire quelque chose.
-Quand vous gueulez contre la personne qui a osé acheter du camembert pasteurisé... ( C'est pas du camembert!)
-Quand entre l'entrée et le plat principal, vous vous levez avec votre verre et chantez les mois de l'année, et ce jusqu'au 13e mois, et cela rien que pour boire encore un coup de calva...cul sec!
-Quand on vous demande d'où vous venez et que vous répondez Caen... on vous dit :"Ch'te demande pas Quand, ch'te demande où".
-Quand votre première sortie en boite était à l'écho du lac.
-Quand on vous surnomme 'le Viking' dans les soirées parisiennes.
-Quand vous détestez les bretons sans raison apparente.
-Quand vous dites 'tantôt' a la place de 'Cet après midi'.
-Quand votre cinema s'appelle "le drakkar".
-Quand vous savez que Périers n'est pas qu'une eau de source qui pétille.
-Quand 1/4 de vos voisins sont anglais.
-Quand "Eula avatioué" veut dire pour vous 'bonjour cher monsieur comment allez vous?'.
-Quand vous flairez le parisien à 200 m sur les plages (ils sont habillés avec des bottes 'aigles' et ont des cirés jaunes pour toute la famille).
- Quand 'eubadi' ou encore 'aaa ti ta' (et vous répondez 'pécab') est courant dans votre vocabulaire.
-Quand vous savez que lorsqu'on voit Jersey c'est qu'il va pleuvoir et dès qu'on la voit plus... C'est qu'il pleut déjà!
-Quand les meilleures moules-frites sont servies à la calle (avec qui plus est, ses cadres de femmes nues et ses toiles d'araignées) -Note pour les Manchois-.
-Quand vous mouvez le café.
-Quand vous bacouétez à défaut de parler pour ne rien dire.
-Quand vous savez ce qu'est la carre d'une table.
-Quand vous étendez votre linge sur un tancarvil.
-Quand vous êtes minchi de votre journée, que vous vous avachissez devant la télé en rentrant et que vous en ressortez abruti.
Jennifer Vigo
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30.09.2008
[Normandie] La Normannité
La Normannité par Jean Mabire
Je dois d’abord avouer que j’ai en horreur ce genre de néologisme. Nous avions déjà connu, au début du siècle, dans les années fiévreuses et poétiques qui ont procédé la célébration du Millénaire de 1911, des mots à prétention plus ou moins barbare. On a parlé de « normannisme ». Parfois même en employant un y, comme si, croyait-on naïvement, le normannysme devait faire plus anglo-saxon ou plus scandinave… Voici donc, aujourd’hui, proposé par le Mouvement Normand, le terme de « normannité ».
Normannité, permanence de la « manière normande »
Photo de Jean Mabire J’eusse préféré que l’on parlât plus simplement et que l’on se contentât d’évoquer la « manière normande », tout comme nos ancêtres, voici quelques siècles, parlaient encore de la « danesche manere », pour désigner cette forme de mariage « more danico », qui devait engendré de nombreux bâtards, dont certains fort illustres.
Il est pourtant de fait que l’adjectif même de normand peut sembler, à lui seul, ambigu. Je n’en veux pour preuve que mon dictionnaire. J’ouvre le tome 7 du Grand Larousse en 10 volumes et je lis à la page 814 : Normand, adjectif : « roué, retors, à qui l’on ne peut se fier ». Il faut croire que les ligues spécialisées dans l’élimination - tant souhaitable - du racisme, n’ont pas encore épuré tous les dictionnaires!
La normannité, puisque normannité il y a, c’est donc tout bonnement la manière normande, ou, si l’on préfère, l’esprit normand, pour parler comme autrefois.
Je pense qu’il ne faudrait pas chercher à définir la normannité par rapport à un terme qui a sans doute inspiré les créateurs de ce barbarisme et qui est la francité, mot qui ne figure d’ailleurs pas dans mon dictionnaire en 10 volumes, et qui garde un sens étroitement linguistique : la francité étant l’ensemble des peuples parlant la langue française, de la Wallonie au Sénégal et de l’île Maurice à la province du Québec, en passant éventuellement par la vallée de la Loire. En ce sens étroit, la normannité regrouperait des îlots de patoisants, « étierpis » de Jersey en Pays de Caux. Sans nier cette réalité, qui se moque au moins d’une frontière - ce qui n’est déjà pas si mal - je pense que nous ne saurions fonder sur elle seule ce que nous avons décidée de nommer normannité.
On pourrait sans doute plus justement opposer la normannité à ce gallicanisme tricolore dont Michel Debré se veut le pape laïc et dont Alexandre Sanginetti avait été le prophète. Pourtant, la normannité ne peut se réduire à n’être que le contraire du jacobinisme, qu’il soit monarchique ou républicain, conservateur ou gauchisant. La normannité, plus que le contraire de la francité, cette fois au sens politique du terme, apparaît bien davantage comme le contraire du parisianisme.
On commence ainsi à s’avancer ainsi sur un terrain plus solide, plus explicité en tout cas.
Je pense que le mieux, si l’on veut vraiment définir a contrario la normannité, c’est encore de dire qu’elle est le contraire de l’actualité.
Par rapport à l’éphémère, qui noircit la première page des journaux ou tonitrue dans les téléviseurs, la normannité est d’abord l’expression d’une permanence. Permanence invisible et même secrète, mais qui doit nous conforter, au plus profond de nous-mêmes, sur l’importance de ce que nous entreprenons, malgré, bien souvent, l’incompréhension et même l’hostilité.
La Normandie, c’est-à-dire, pour nous, le peuple normand, l’histoire normande, la culture normande, tout cela représente une réalité infiniment plus essentielle et nécessaire que les modes, les régimes, les opinions dont nos contemporains doivent faire leur pâture quotidienne, à la lecture de leur journal favori ou à l’écoute de leur poste habituel.
Pourtant, ce dont tout le monde parle aujourd’hui n’aura plus guère d’importance dans un mois, très peu dans un an et pas du tout dans quelques dizaines d’années. La normannité reste infiniment plus forte, plus durable, plus significative que toutes les idéologies et toutes les querelles qui constituent le tam-tam de l’actualité.
La loi absolue des media modernes est de focaliser l’opinion sur un événement voué inexorablement à être englouti par événement suivant. Tout le monde connaît - si l’on peut dire - le « problème du jour », comme ce fameux « plat du jour » servi dans les restaurants, mais personne ne souvient de ce qu’il a mangé la semaine dernière… Quant à l’année dernière, autant parler d’avant le déluge. Car il y a, en effet, déluge de mots et de slogans, que barbouillent de leurs diarrhées verbales les mandarins spécialistes de la rationalisation intellectuelle.
La normannité n’est donc pas un thème de réflexion journalistique. Elle n’appartient pas à ce fameux débats des « Idées », que nous assène tous les jours un organe aussi indispensable et aussi incomplet que Le Monde.
La normannité : une réalité et un combat…
La normannité n’est pas une « idée » comme on dit. Elle est, à la fois, une réalité et un combat.
Une réalité, parce qu’il existe une manière normande d’appréhender le monde. C’est-à-dire une manière normande de sentir et de créer, de juger et de prier, d’aimer et de vivre. De mourir, aussi.
Un combat, parce que cette véritable « conception normande de la vie » reste bien souvent inconsciente et devient chaque jour plus menacée. Au cours des âges, elle a quitté d’ailleurs le terrain du fait pour celui du mythe. Mais, devenant mythe, cette normannité redevient, du même coup, fait à nouveau. Puisqu’il existe des hommes et des femmes pour transformer cette prise de conscience en volonté de lutte.
Il convient de faire une parenthèse qui n’a que trop tardé. Si l’on admet que la normannité est - ou peut devenir - le patrimoine et le moteur de trois millions de Normands, on peut s’inquiéter que ce sentiment ne soit alors que la centième parcelle de ce que l’on pourrait appeler l’esprit européen. Et mesurer par ailleurs combien cette Europe semble peu compter, eu égard à ce que Jean-Jacques Servan-Schreiber nomme le « défi mondial ». Ce serait nier la qualité au bénéfice de la quantité, appliquer je ne sais quelle arithmétique pseudo-démocratique. Nous sommes de ceux qui croyons que les peuples, comme les hommes, sont irremplaçables et irréductibles.
Parler de normannité, c’est d’abord refuser le monde gris des individus partout semblables, soumis à une loi, à un pouvoir, à un religion uniques, voués à quelque monothéisme charlatanesque et planétaire. Les Islandais sont dix fois mois nombreux que les Normands et qui oserait soutenir qu’ils n’ont pas le droit, et même le devoir, de défendre et d’illustrer une véritable conception islandaise de la vie - à laquelle, il faut bien le dire, nous nous sentons et nous nous voulons étroitement apparentés.
Un second écueil serait de prêter le flanc à un procès d’intention que l’on fait parfois aux militants du renouveau normand, en les accusant de vouloir faire du peuple normand je ne sais quel peuple élu, supérieur aux autres en quelque sorte. Le cher marquis de Saint-Pierre, quand il présidait aux destinées des Normands de Paris, avait ainsi une formule que j’estime pour ma part assez malheureuse : « Les Normands premier partout ». Nous ne plaçons pas les Normands « über alles in der Welt », au dessus de tout dans le monde… Nous pensons seulement que leurs qualités et leurs défauts en valent bien d’autres, et qu’ils ont le droit le plus strict de les préférer, pour eux, aux qualités et aux défauts des autres peuples.
La normannité n’est donc pas conçue pour nous comme un réflexe d’arrogance ou une volonté d’agression. Nous nous sommes toujours moqués de ce que les autres pensaient de nous - même quand c’est imprimé dans le dictionnaire Larousse. Mais, ne voulant pas imposer aux autres notre manière de voir le monde, nous ne désirons pas plus qu’ils nous imposent la leur.
… dont nous sommes responsables
En revanche, nous nous différencions radicalement de ceux qui pleurnichent sur le « colonialisme » - qu’il soit français ou américain - auquel nous serions, politiquement ou culturellement soumis. Nous pensons que si nous avons perdu notre normannité - ou si nous sommes en train de la perdre - nous en sommes les premiers responsables. Ou bien notre peuple pourra se libérer en accomplissant sa révolution culturelle. Et nous l’y aiderons de toutes nos forces. Ou il en sera incapable et subira alors une loi implacable de la vie, contre laquelle il ne sert à rien de gémir et d’en appeler à je ne sais quelle morale universelle, droits de l’homme ou droits des peuples.
Nous n’éprouvons pas de sentiment de supériorité et ne ressentons donc pas de sensation de culpabilité. Nous n’éprouvons pas d’avantage de sentiment d’infériorité et nous nous passons donc de réflexe moralisateur.
Voilà qui situe déjà la normannité et tend à rappeler que le Normand a généralement « bonne conscience » - ce qui n’est pas obligatoirement une vertu, mais explique en partie le succès du protestantisme dans cette province.
Allons même plus loin. Ce sentiment peut aller jusqu’au contentement de soi. « Je sais ce que je vaux et crois ce qu’on m’en dit », selon la formule de Pierre Corneille.
Cette attitude, pleine de « glorieuseté » du Normand devant la vie n’est-elle pas semblable à celle de son ancêtre - ancêtre réel ou ancêtre voulu, peu importe - le fameux Viking d’ail y a un millénaire ? Disciple fidèle de Fernand Lechanteur, je le crois assez volontiers. Et je discerne une continuité qui unit les sagas islandaises aux tragédies cornéliennes. S’y exalte un même type de héros.
Il est révélateur que le Nordique païen comme le Normand chrétien se réfère finalement, malgré un substrat religieux différent, à un système de valeurs identique - que l’on va retrouver au Grand Siècle sous les travestissements hispanique ou romain. Le héros cornélien est le même que le héros islandais. On peut dire qu’il vit totalement sa normannité.
La Structure de la saga septentrionale et de la tragédie classique offre une indéniable similitude : un homme solitaire affronte un destin tragique. Il ne se fait pas d’illusion sur l’issue fatale, mais reste jusqu’au bout fidèle à son devoir. C’est le triomphe du pessimisme héroïque et d’un sentiment, d’une rare plénitude, où l’orgueil se confond avec le sens de l’honneur. Le héros islandais ou cornélien est un personnage non pas de soumission mais de volonté. C’est exactement l’esprit du légendaire germanique : le héros connaît son destin, il ne s’y dérobe pas, mais, au contraire, l’assume totalement et trouve alors une sorte de joie amère à le mener jusqu’au bout. Comme le dira le Viking Ragnar Lodbrog dans la fosse aux serpents : « Je meurs en souriant ».
La plus ancienne caractéristique de la normannité est donc la reconnaissance du tragique de la vie. C’est ce qui entraîne un pessimisme foncier. Le Normand n’a pas d’illusions, ni sur lui-même, ni sur les autres et la vie est ce qu’elle est. La révolte est inutile. Pire, elle est « ignoble ».
Comme l’écrit Maupassant, à la fin de son roman Une vie : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon, ni si mauvais qu’on croit ».
La normannité exclut toute attitude de fuite, tout refuge dans l’irréel d’un arrière-monde. Devenu chrétien, le Normand fera sienne la maxime : « Aide-toi, le ciel t’aidera ».
La normannité : permanence d’un tempérament
La normannité se manifeste donc, en tout premier lieu, par la permanence d’un certain tempérament.
Abel Miroglio avait fondé au Havre, juste après la dernière guerre, un Institut de Psychologie des Peuples, dont les travaux ont été aussi passionnants que méconnus. Un de ses collaborateurs pour la Normandie était, tout naturellement, Fernand Lechanteur, qui se méfiait de la psychologie scientifique et qui faisait plutôt de la psychologie populaire, conjuguant avec bonheur une solide hérédité paysanne et une bonne formation universitaire. Son étude sur Les deux populations de la Manche est restée à juste titre célèbre. Elle contient un portrait du Normand « nordique », qui confirme, à l’aide de multiples exemples, ce que nous savions déjà par la lecture des travaux d’André Siegfried.
Il faut toujours se reporter à une remarquable conférence, vieille déjà d’un quart de siècle sur la Psychologie du Normand . Le sociologue havrais s’attache à mettre en valeur un certain nombre de traits qui constituent justement la normannité, et d’abord dans le domaine politique - qui n’est que la projection d’un tempérament que l’on pourrait aussi bien découvrir dans la littérature ou les arts plastiques.
Avant tout réalistes, les Normands ne sont ni des réactionnaires, ni des révolutionnaires, considérant les extrémismes comme des utopies, et se méfiant des utopies, qui leur semblent à la fois stupides et dangereuses. Ce sont plutôt des conservateurs, qui possèdent à la fois le sens de l’égalité et celui de la hiérarchie, ce qui apparaît pas sans quelque contradiction.
Sans illusion sur la nature humaine, ils se défient des rêveries à la Jean-Jacques Rousseau. Pessimistes et sceptiques de nature, ils tiennent à leur liberté, ce qui est somme toute assez fréquent, mais aussi à celle des autres, ce qui l’est moins. Aussi ils gardent le sens des nuances et refusent les fanatismes. Ils détestent les doctrinaires et sont essentiellement pragmatiques. Ils pensent assez volontiers que ce qui est bon, c’est ce qui réussit…
Une des formules d’André Siegfried me semble remarquable : « Les Normands ne pensent pas que la vérité soit toute entière d’un seul côté ». Aussi sont-ils tolérants de nature, ne détestant réellement que le sectarisme. Ils ne sont fanatiques que de la modération. Épris d’indépendance, mais amoureux de l’ordre, ils abominent tout autant la tyrannie que l’anarchie. Et la méfiance reste leur grande sauvegarde.
Ce tableau, dont les grandes lignes furent confortées par des observations « sur le terrain » lors de campagnes électorales (datant il vrai du début de ce siècle) se trouve sans aucun doute modifié par l’intrusion brutale des media modernes. Pourtant, il reste assez juste dans son ensemble et définit assez bien ce que peut être la normannité dans le domaine politique.
La géographie électorale de la Normandie témoigne encore d’une certaine constance qui va du bonapartisme sous le Second Empire au gaullisme plus récemment. Le reflux de ces tentations d’unanimisme conservateur, à la fois nationaliste et socialisant (la « participation ») se marque désormais par un goût pour le centrisme, qui englobe à la fois le centre droit et le centre gauche, et explique tout aussi bien les récentes poussées du parti socialiste ou de l’UDF, au détriment du RPR ou du Parti Communiste, que les médiocres résultats des droitiers ou des gauchistes. Quant à l’écologie, elle n’a de succès que lorsqu’elle apparaît comme un centrisme et non comme un extrémisme.
Plus que les conséquences électorales de la normannité politique, importe peut-être davantage pour nous l’origine même de ce tempérament particulier. Jean Datain a publié naguère un excellent essai sur la mentalité normande et les influences nordiques, qui recoupe parfaitement les remarques et les observations d’André Siegfried comme de Fernand Lechanteur.
Il s’attache à montrer que le tempérament normand reste avant tout sensible au sens des nuances et ne craint pas les contradictions apparentes.
L’Histoire a montré à quel point les Normands de la période ducale étaient à la fois braves et prudents, suivant d’ailleurs en cela l’enseignement du Havamal, le livre de l’antique sagesse scandinave.
D’autre part, les Normands ont montré au cours des âges et au hasard des conquête, une étonnante capacité à s’adapter à d’autres peuples et d’autres cultures, c’est-à-dire à se transformer en surface tout en restant fidèle à eux-mêmes dans le fond.
Hors de son pays, le Normand semble souvent perdre de son identité, alors que sa spécificité réside justement dans cette disparition apparente de la normannité extérieure.
Aussi, paradoxalement, les plus Normands de nos compatriotes sont souvent des gens ayant quitté leur pays, parfois depuis plusieurs générations. En revanche, des gens venus d’ailleurs - des horzains - se sont parfaitement acclimatés et sont devenus aujourd’hui des Normands exemplaires.
La normannité ne fonctionne donc pas en cercle fermé. Elle est un échange constant entre le plus profond de nous-mêmes et ce qui pourrait apparaître comme le plus étranger.
D’un côté, le Normand s’adapte. De l’autre, la Normandie adopte.
Les écrivains normands : des fondateurs et des précurseurs…
Parce qu’ils n’ont pas une langue particulière - je classe totalement à part les patoisants - les écrivains normands passent souvent à des yeux ignorants pour des écrivains français « comme les autres ». Cette impression pourrait s’accentuer encore quand on mesure à quel point les écrivains d’origine normande ont contribué à créer et à enrichir la littérature française. Et c’est bien là leur première caractéristique, celle d’être des fondateurs et des précurseurs.
Le Normand Turold, avec la Chanson de Roland, donne le coup d’envoi de la littérature héroïque médiévale. Et nous ne cesserons plus ensuite de nous trouver à l’aube de toutes les révolutions littéraires, y compris la poésie féminine avec marie de France et la satire politique avec Olivier Basselin.
On peut dire, sans trop exagérer, que Malherbe « invente » le classicisme, Fontenelle la philosophie du siècle des Lumières, Bernardin de Saint-Pierre le romantisme, Barbey d’Aurevilly le régionalisme, Flaubert et Maupassant le naturalisme, Alphonse Allais l’humoriste, Maurice Leblanc, Gustave Lerouge et Gaston Leroux (précédés par Hector Malot) le roman populaire, André Breton le surréalisme ou Léon Lemonnier le populisme.
Ces écrivains ont la passion de la langue, du mot juste, du verbe précis. Ils font, dans un certain sens, une littérature de juristes. Épris d’ordre, ils le sont autant de liberté et d’indépendance. Ils ne craignent pas la démesure, mais ils la contrôlent. Ils restent maîtres d’eux-mêmes et de leurs folies. Ils sont éloquents plus que lyriques. Ils possèdent tous une forte logique interne, même si ce n’est pas celle de tout le monde. Il existe un sens très normand de l’enchaînement inéluctable des causes et des effets. « Prendre les choses par le bon bout de la raison », disait toujours Rouletabille. Mais ces raisonneurs ne sont pas des sophistes. Et quel goût pour les solides réalités de la terre - qui n’est pas forcément le « terroir » dans un sens étroit.
Ces écrivains normands sont aussi bien souvent des témoins lucides et amers, à la fois profondément de leur temps et totalement en marge de la mode. Cela est très sensible avec des hommes aussi différents en apparence et aussi semblables dans le fond que Saint-Evremond et Boulainvilliers, Gobineau et Tocqueville, Frédéric Le Play et Georges Sorel, Rémy de Gourmont et André Gide, Drieu La Rochelle et Jean Prévost. Sans oublier Raymond Queneau.
Il existe chez eux une véritable normannité qui s’exprime dans cette passion d’observer les hommes et le monde, de les comprendre et de les deviner. Tout cela sans aucun souci des idéologies dominantes, des illusions morales, des tabous religieux.
La normannité se trouve, plus que nulle part ailleurs, dans ce paysage intellectuel situé à la charnière de la littérature et de la politique. Nous y avons brillé, avec une pléiade d’écrivains à la fois solitaires et inclassables et dont toute l’œuvre, d’analyse plus que de doctrine, est dominée par la double idée du scepticisme et de la tolérance. Tous sont des « moralistes », à condition de donner à ce mot sa véritable signification, puisque justement ils n’ont pas de « morale » au sens habituel et bourgeois du terme.
… mais aussi des sceptiques, des inclassables
Ces écrivains, qui incarnent, sans doute plus que d’autres, la normannité dans sa permanence, sont souvent des encyclopédistes-nés tout autant que des politologues d’instinct. Voir Émile Littré. Ces Normands sont curieux de nature, incapables de se désintéresser de la marche des choses, avides de « démonter la machine ». Et pourtant sans aucune illusion sur le néant final.
Flaubert reste assez exemplaire de cette attitude, avec Maupassant dans son ombre, aussi choqué par l’avidité de la classe possédante que par l’envie des partageux, comme on disait alors. D’où cette phrase immortelle de l’ermite de Croisset, qui résume assez bien une certaine sagesse politique normande, toute d’observation et de scepticisme : « L’idéal de la démocratie, c’est d’élever le prolétaire au niveau de la bêtise du bourgeois ».
Nos penseurs politiques expriment sans doute le plus la normannité dans ce qu’elle a d’original et de permanent. Ils restent, la plupart du temps, inclassables dans un parti traditionnel. Tocqueville n’est pas un vrai démocrate, ni Gobineau un vrai raciste, ni Sorel un vrai socialiste, ni Drieu un vrai fasciste (pas plus que son ami Raymond Lefevre n’était un vrai communiste, sans doute) ni Jean Prévost un vrai radical.
Le silence dont on entoure encore aujourd’hui la personnalité et l’œuvre de Jean Prévost montre à lui seul que grand résistant, fusillé par les Allemands au Vercors, n’est pas perçu comme un résistant semblable aux autres. Il gêne parce qu’il correspond à lui-même et non pas à l’image qu’on voudrait se faire de lui.
Quand il s’est agi de politique politicienne et non plus analytique, beaucoup d’entre eux, éternels insatisfaits par goût de l’absolu, ont navigué de la droite à la gauche et vice-versa. Le romancier Octave Mirbeau est assez exemplaire : antisémite devenu dreyfusard et socialiste devenu patriote.
La plupart ne sont pas anticléricaux, comme on disait autrefois, ni même croyants. Pourtant, ils montrent presque tous un intérêt passionné pour la religion ou plutôt pour l’intrusion du sacré dans la vie. Le scepticisme qui les éloigne de la foi ne les conduit pas pour autant à l’intolérance et au sectarisme. Ils sont de véritables agnostiques.
Un des traits constants de la normannité chez nos penseurs politiques, c’est leur souci de dépasser les frontières. Ils sont forts peu sensibles au nationalisme hexagonal. Mais quand ils se disent Normands, ce n’est jamais pour construire un micro-nationalisme, mais au contraire pour trouver des parentés et des aventures au-delà des frontières imperméables de la nation française.
La Normannité n’est jamais un repli frileux sur la province, mais au contraire une découverte de ce que notre ami Pierre Godefroy nomme l’universalisme - et dont il fait d’ailleurs le contraire du cosmopolitisme.
Déjà Pierre Dubois, sous Philippe Le Bel, au début du XIIIème siècle, rêvait de « faire l’Europe » et osait opposer le pouvoir temporel du souverain au pouvoir spirituel du pape. L’abbé de Saint-Pierre, d’une autre manière, a imaginé les États-Unis d’Europe et la Société des Nations, Saint-Evremond a vécu et est mort à Londres. Tocqueville s’est passionné tout autant pour la Russie que pour l’Amérique, Gobineau a voyagé dans le monde entier en cherchant les vestiges du grand choc planétaire des races, Rémy de Gourmont sans bouger de chez lui a été révoqué de son poste de fonctionnaire pour avoir été un petit pamphlet le joujou du patriotisme, Georges Sorel a inspiré Lénine tout autant que Mussolini, Drieu s’est voulu européen jusqu’à la démesure et s’est enflammé pour Genève, Berlin et Moscou, Jean Prévost a compris l’Espagne et l’Amérique mieux que nul autre. Quant à André Siegfried, il était comme chez lui dans le monde entier.
Si les écrivains normands, et spécialement les penseurs politiques, sont presque tous fascinés par leur souche originelle de lointaine origine scandinave, on ne trouve guère chez eux de racisme, mais au contraire curiosité et goût de la différence. L’idée que tous les hommes puissent être semblables leur paraît la plus dangereuse des utopies. Plutôt l’individualisme solitaire que l’état mondial. De surcroît, ils se méfient de la conscience universelle, comme ils se méfient de tout absolu et de toute chimère.
Mais encore des lucides et des solitaires
La normannité peut parfois sembler un refus de s’engager, tant la tolérance est instinctive et le scepticisme paralysant. Les Normands sont souvent assez lucides pour mesurer la vanité des choses. Ils ne se lancent dans l’action que par un difficile sursaut - voir Drieu et Prévost - mais souvent leur lucidité les freine. Ce sont plus des conseillers - solitaires et jalousés, d’ailleurs - que des meneurs. Peu de généraux et peu d’amiraux chez nous. Le seul Normand important pour Napoléon n’est pas un traîneur de sabre, mais c’est le consul Lebrun, celui qu’il aimait à nommer « mon sage Mentor ».
Il semble bien que les Normands répugnent à se classer et se sentent mal à l’aise quand ils doivent se frotter à la politique telle qu’elle est vécue dans l’hexagone. André Siegfried remarquait que le Normand était d’instinct un « Whig » et qu’un tel parti, s’il est une réalité outre-Manche, n’existe pas sur l’échiquier politique français.
Les Normands ont donc une étrange caractéristique, celle de se trouver partout chez eux. De se sentir « biens dans leur peau » n’importe où dans le monde. Et, en même temps, d’éprouver le sentiment d’être partout des étrangers, des « horzains ». Le Normand qui s’est frotté au monde a l’impression d’avoir été mal compris par les non-Normands. Certes. Mais il a aussi l’impression de n’être plus compris par ses compatriotes restés au pays. Content de lui, il ne se sent pourtant à l’aise nulle part désormais. Aussi la normannité est-elle souvent vécue comme une solitude.
Le Normand conscient de sa normannité appartient à ce peuple dont mon ami Paul-René Roussel aime à dire qu’il est « the people between », expression intraduisible, mais significative.
La normannité : une permanence et non « la tradition »
Cette normannité, cet esprit normand, dont nous avons entrevu les manifestations dans le monde éthique, littéraire ou politique, ne s’est pas manifesté avec une égale acuité au cours des siècles.
D’abord instinctive et vitale, la normannité a été l’irruption sur le terroir de Neustrie d’une force neuve. « Pure », comme dirait Patrick Grainville. Cette force s’est muée en conscience historique, grâce à la volonté du Duc Guillaume. Après l’abâtardissement dû aux Plantegenets, après la coupure entre le continent et la Grande Île, après l’annexion à la France, la normannité a glissé du plan souverain et guerrier au plan artistique et littéraire. Les Normands, ne pouvant s’exprimer politiquement, ont été obligés de trouver un substitut à leur trop-plein de vitalité et à leur désir de marquer le monde de leur empreinte.
Les étapes de la « réduction » qui vont conduire de l’indépendance à l’autonomie et du particularisme à l’assimilation, sont connues : 1204, 1469, 1790, pour n’en citer que trois. A chaque épreuve, il semble que les Normands « compensent « par un véritable réflexe inconscient, en se réfugiant dans les lettres et les arts. La politique - interdite - se transmue en architecture ou en littérature. Le dernier avatar est le folklore.
Il apparaît clairement que si nous voulons retrouver les grandes lignes de force de la normannité, nous ne devons pas nous contenter d’en appeler à une « tradition », qui aurait trouvé son aboutissement dans la civilisation rurale du siècle dernier.
Cette Normandie, qui va - en gros - de la Monarchie de Juillet à la guerre de 1914, nous paraît à la fois proche et lointaine. Proche, parce que nous en avons nous-mêmes connu et vécu de nombreux vestiges dans notre enfance. Lointaine, parce qu’elle est, dans ses manifestations extérieures, condamnée par l’évolution scientifique du monde moderne.
Le plus grand danger qui nous guette serait d’identifier la normannité à cette Normandie du XIXème siècle, figée en une sorte de musée Grévin des arts et des traditions populaires. Un attachement sentimental, et respectable, nous conduirait à en gommer tous les aspects négatifs. Entre autres la misère ouvrière et rurale, l’acceptation d’une tutelle administrative de plus en plus envahissante, l’alcoolisme partout présent, l’abandon total devant le centralisme, l’émigration vers paris considérée comme une promotion, etc…
N’attachons pas la normannité à une époque où la Normandie cesse volontairement de vouloir rester elle-même. Quand le naturel devient mascarade, on peut se demander comment pourrait subsister ce que nous appelons justement la normannité.
Et cette normannité ne se confond pas obligatoirement pour nous avec le seul niveau populaire, où il en subsiste encore des traces. Ne craignons pas de le dire : l’esprit normand a été vécu, exalté, transmis par des individus d’élite.
Il pouvaient certes être fils de pauvre paysans, comme Jean-François millet, mais ils se sont faits eux-mêmes, selon la belle expression, et sont devenus « des gens de marque ».
Ce sont ces « premiers hommes », comme on dit parfois, qui sont pour nous les vrais garants de la normannité. Celle-ci n’est pas une sorte d’état de grâce que partageraient tous ceux qui ont quatre grands-parents normands, de préférence natifs d’un bourg rural. La normannité est avant tout l’apanage de ceux qui ont donné un sens à notre peuple et qui lui ont ouvert la voie, les maîtres d’œuvre, les créateurs, les poètes qui sont aussi des prophètes.
La normannité : un ordre et une création
C’est pourquoi la normannité, nous la chercherons plus dans le cloître d’une abbaye que dans un pressoir à pommes, plus dans un essai politique original que dans une chansonnette qui a traîné dans tout l’hexagone, plus dans des œuvres littéraires nouvelles que dans des exaltations gastronomiques ou des superstitions villageoises.
La normannité, certes, accepte et intègre tout ce qui est normand. Mais elle établit une indispensable hiérarchie. Tous nous appartient, mais tout n’a pas la même valeur. La normannité, dans ce sens, n’est pas un chaos, un fourre-tout hétéroclite, mais un ordre. Et par là, elle participe pleinement à la grande constante normande qu’est la mise en forme, cet hommage de la fantaisie à la construction.
Il est normal que nous assistions aujourd’hui à une véritable déperdition de la normannité. Il ne sert à rien de s’enorgueillir d’un passé mort, d’un patrimoine figé, d’une histoire close. Quoi qu’il advienne désormais - et c’est là précisément la grande découverte de l’action régionaliste depuis un siècle et même un peu davantage - la normannité n’est plus instinctive mais devient volontaire.
La normannité est donc tout ensemble conservatrice et révolutionnaire, aristocratique et populaire, tolérante et combative. Elle ne représente pas seulement pour nous un héritage auquel nous aurions droit, mais aussi un combat auquel nous ne pouvons nous soustraire sans manquer à notre devoir, c’est-à-dire à ce destin qui joue un tel rôle dans notre univers spirituel.
La normannité nous oblige à ne pas craindre les paradoxes et les ambiguïtés et nous conduit à des synthèses inattendues. Elle est peut-être aussi, finalement, une manière de raisonner, une attitude dialectique.
Partant à la recherche de l’identité normande, nous allons retrouver, tout naturellement, une sagesse, une « sapience » aurait-on dit autrefois, qui dépasse de beaucoup le cadre provincial et abouti, en un certain sens, à l’universel.
Cette normannité peut fort bien s’exprimer par deux maximes. L’une ancienne, celle de la sagesse grecque : « Connais-toi toi-même ». Et l’autre, rigoureusement complémentaire, qui est celle de la volonté nietzschéenne : « Deviens ce que tu es ».
Mais alors, plus encore qu’une manière de raisonner, la normannité peut devenir une manière de vivre. Elle est une méthode, si elle n’est pas une idéologie. Et elle est, à la fois, cette normannité, la découverte d’un patrimoine et la volonté d’un combat.
par Jean Mabire, publié à Jersey le 25 octobre 1980
Source : Novopress Québec
www.novopress.info
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16.07.2008
[Normandie] J'irai revoir ma Normandie
-
- Quand tout renaît à l'espérance,
- Et que l'hiver fuit loin de nous,
- Sous le beau ciel de notre France,
- Quand le soleil revient plus doux,
- Quand la nature est reverdie,
- Quand l'hirondelle est de retour,
- J'aime à revoir ma Normandie,
- C'est le pays qui m'a donné le jour.
- J'ai vu les champs de l'Helvétie,
- Et ses chalets et ses glaciers,
- J'ai vu le ciel de l'Italie,
- Et Venise et ses gondeliers.
- En saluant chaque patrie,
- Je me disais aucun séjour
- N'est plus beau que ma Normandie,
- C'est le pays qui m'a donné le jour.
- Il est un âge dans la vie,
- Où chaque rêve doit finir,
- Un âge où l'âme recueillie
- A besoin de se souvenir.
- Lorsque ma muse refroidie
- Vers le passé fera retour,
- J'irai revoir ma Normandie,
- C'est le pays qui m'a donné le jour
14:04 Publié dans Normandie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.07.2008
[Normandie] Félicitations au Mouvement Normand
Le jugement a été prononcé le mardi 1er juillet. Il met fin, nous l'espérons définitivement, aux poursuites diligentées par M. le Procureur de la République auprès du T.G.I. de Caen, à la demande de Madame Brigitte Le Brethon, ex-députée du Calvados et, alors, toujours maire de Caen. La dame n'avait pas apprécié un article paru en pleine période électorale et qui mettait en cause, non pas son bilan municipal, mais son aptitude à exercer un mandat national, aux incidences régionales fortes, obnubilée qu'elle était par son autre écharpe de maire à laquelle elle sacrifiait l'avenir de la Normandie.
Encore une fois, et la très brillante plaidoirie de l'avocat du Mouvement Normand, Me Dominique Le Pasteur, l'a démontré : il s'agissait d'une polémique politique, intervenant dans un contexte électoral, tout à fait habituelle dans une démocratie qui se respecte et laisse l'opinion publique s'exprimer par le truchement de la presse d'opinion.
Madame Le Brethon, qui n'a dû sa défaite aux élections législatives qu'à ses seuls talents, a voulu faire un exemple et trouver un bouc émissaire. Sans doute voulait-elle, dans la perspective des élections municipales de mars dernier - qu'elle a aussi perdues et pour les mêmes raisons -, faire taire une opposition sans concessions et intimider ses adversaires. D'où cette insolite mobilisation judiciaire qui, finalement, tourne à sa confusion.
01:48 Publié dans Normandie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.06.2008
[Normandie] Défense des producteurs laitiers
La grève du lait initiée en Allemagne s’étend en Europe. Les producteurs laitiers de l’Union Européenne, rassemblés au sein de la fédération EMB (European Milk Board, opposée également à la disparition des quotas) se soulèvent pour obtenir un prix juste et équitable pour leur production. Ils sont d’autant plus déterminés que les charges liées à l’énergie flambent alors que le prix de vente du lait baisse.
C’est pour cela que l’URDAC/CR14 c’est mobilisé en ce jour, le 31 mai 2008 à Vire sur le thème de « tous ensemble, mobilisons-nous pour obtenir un prix décent pour notre production et sauver notre profession », rejoint par une quarantaine d’adhérents et sympathisants et 25 tracteurs avec 5 « Justines ».
Une première étape par la laiterie semblait indispensable, les producteurs de lait réclament leur dû. Que les 27 €uros par mille litres de lait du deuxième trimestre promis, reporté au quatrième trimestre leur soient restitués sous peine d’actions plus forte et pourquoi pas une grève de lait. Nous n’avons pas été reçu mais nous sommes partis avec la promesse qu’en repassant plus tard, nous aurions un auditeur qui pourra écouter et répondre à nos revendications.
Nous voila donc parti en opération escargot, direction la mairie ou, le député maire de Vire à reçu le Président de l’URDAC/CR14, Christophe VOIVENEL et le secrétaire Général, Michel HEUDIER ou la motion sur le lait a été déposée. Il a également été demandé une baisse du prix du fioul qui « étouffe la profession ». Nous en avons profité pour rappeler l’urgence de la reconnaissance du pluralisme syndical et de son financement équitable et proportionnel au résultat des élections chambre d’agriculture. Jean Yves COUSIN a écouté et a promit de faire remonter l’information, d’appuyer notre requête et de nous tenir au courant..
Pendant ce temps, les adhérents et sympathisants se sont installés sur le rond point du centre ville de Vire, afin de faire ralentir la circulation et permettre la distribution de tracts et de nouer le contact avec les consommateurs en les sensibilisant sur le prix du lait et les marges de la grande distribution, « ne nous jugez pas coupable de l’augmentation des prix, la grande distribution est bien la seule gagnant de cette situation ». 1500 tracts ont été distribués.
En repartant, le cortège est passé par la sous-préfecture tous klaxons bloqués, avant de retourner à la laiterie ou nous attendait le responsable de la compagnie des fromages et ou après maintes discutions, un rendez vous entre la direction et le Président de l’URDAC/CR14 pour ce lundi à été programmé. Ce jour sera une étape décisive dans la suite des actions, nous espérons une réponse positive de leur part sinon, ils savent dès maintenant ce qui les attendent…
Apres une pause pique nique, l’ensemble des tracteurs s’est dispersé laissant derrière eux des inquiétudes importantes dans l’esprit de la laiterie.
Selon le capitaine de gendarmerie, l’opération escargot sur près de 15 km à 5km/h « a suscité un gentil bordel ». Ce qui ne nous a pas contrarié loin sans faut. Mais les citadins patients étaient réceptifs et charmants, mais reconnaissant que dans cette opération nous avons toujours conservé le sourire.
Notre solidarité fait notre force : à nous tous éleveurs de l’Europe, nous pourrons faire plier les laiteries et nous obtiendrons un prix du lait à 40 ct€ le litre minimum !
Source: www.coordinationrurale.fr
17:38 Publié dans Normandie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.05.2008
[Normandie] La culture normande
La culture normande a joué un rôle capital dans la formation de la culture française comme de la culture anglaise, d'ailleurs. Elle possède, sans aucun doute, une vocation d'universalisme qui lui vient de ses origines ethniques. La Normandie, depuis le Xème siècle, date de la formation du Duché, jusqu'au XVIIème siècle, époque de la centralisation Louis-quatorzième, a su développer une culture originale, proche, mais distincte, de la culture française proprement dite. Elle a été une cellule culturelle primordiale de l'Europe au temps de sa splendeur. Cette vitalité provenait des caractères spécifiques de la nation normande : plongeant ses racines dans un substrat germanique et celtique, volontairement tournés vers la mer, très fortement influencée par la mentalité nordique. La culture normande fut longtemps originale dans ses créations et dans ses thèmes. Elle conserve un esprit particulier, reflet de sa conception du monde, jusqu'au moment où Paris, par sa puissance économique et politique, l'intégra totalement dans son orbite culturelle.
16:47 Publié dans Normandie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.05.2008
[Normandie] Rouen , une longue histoire
Appelée Rotomagus par les Romains, Rouen était la capitale des Véliocasses ou habitants du Vexin. Ils y établirent une garnison et un préfet militaire.
Les pirates scandinaves dits 'Northmans' (homme du nord, terme transformé en Normands), remontèrent la Seine jusqu'à Rouen en 841, et ils livrèrent la ville aux pillages. En 876, une nouvelle invasion eut lieu sous la conduite du célèbre Rollon qui établit à Rouen le centre de ses courses guerrières. Charles le simple lui succéda en 911 par le traité de St Clair sur Epte, la région prit à se moment le nom de Normandie.
Les ducs de Normandie, ne tardèrent pas à entrer en lutte avec leur suzerain. Guillaume le Conquérant avait conquis l'Angleterre en 1066, les rois de France pour sauver l'unité nationale, eurent dès lors à combattre des princes qui étaient à la fois leurs égaux comme rois d'Angleterre et leurs sujets comme vassaux Français. Pour Rouen la lutte ne se termina qu'en 1449. En 1193, Philippe Auguste vint assiéger la ville, il échoua la 1ère fois, mais il réussit en 1204. Puis se fut les désastres de la guerre de 100 ans : assiégée en 1419 par Henry V d'Angleterre, Rouen dut capituler après 7 mois de blocus. On avait vainement jeté hors de la ville 12000 bouches inutiles, vieillards, femmes et enfants, qui moururent de faim entre les remparts et le camp ennemi. Mais Jeanne d'Arc allait bouter les Anglais hors de France. L'héroïne, après s'être jetée dans Compiègne assiégée, fut prise, le 23 mai 1430. Elle fut amenée à Rouen et emprisonnée dans une des tours du Château. Elle fut condamnée à la prison perpétuelle, mais ses ennemis voulait sa mort. Un de ses geôliers lui ôta pendant son sommeil ses habits de femme et elle fut contrainte de revêtir des habits d'homme auxquels elle avait promis de renoncer. Les juges la condamnèrent, comme relapse, à être brûlée vive. L'exécution eut lieu aussitôt, le 30 mai 1431, sur la place du vieux marché. Et s'est en 1449 que la capitale de la Normandie, fit enfin son retour au Roi de France.
Au 19ème siècle, Rouen dut subir l'occupation allemande du 5 décembre 1870 au 22 Juillet 1871.
Pendant la guerre de 1914-1918, Rouen resta en dehors de l'avance extrême des Allemands qui essayèrent en vain de faire sauter le pont d'Oissel. L'agglomération devint bientôt l'un des grands centres de concentration de troupes Anglaises.
Mais Rouen a particulièrement souffert lors de la Seconde guerre mondiale. L'incendie de Juin 1940 et les bombardements aériens qui se sont déroulés du 18 Avril au 30 Août 1944, ravagèrent plus de 10 hectares et détruisirent plus de 5000 immeubles. Les monuments historiques n'ont pas été épargnés : l'église St Vincent fut détruite, le bas coté de la cathédrale écrasé par les bombes, le haut de la tour St Romain incendié, l'église St Maclou, le Palais de Justice, l'Hôtel de Bourtheroulde furent gravement endommagés. Rouen connut la libération le 30 Août 1944
http://jirouen.hautetfort.com/
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19.05.2008
[Normandie] Hommage à Fernand Lechanteur
Il y a 37 ans disparaissait Fernand Lechanteur, aussi appelé Girres-Ganne, linguiste, poète et grand défenseur de la langue normande. Né le 20 juin 1910, à Agon-Coutainville, il sera agrégé à l’âge de 29 ans puis enseigne au Lycée Malherbe, à Caen. Il milite alors pour le Normand et tente d’instaurer une grammaire.
De 1953 à 1961, il écrit de multiples articles dans la Presse de la Manche qui seront ensuite rassemblés sous le titre Normandie Traditionnelle. En 1968, il fonde avec André Louis, auteur de Zabeth (premier roman en normand moderne), la revue Parlers et Traditions Populaires de Normandie. Mais Fernand Lechanteur s’intéresse également aux liens qui unissent la Normandie à la Scandinavie et publia, en 1948, Det Skandinaviske Normandie (la Normandie Scandinave), pour le quotidien d’Oslo Samtiden.
N'oublions jamais que son combat pour la Normandie et pour notre langue reste un exemple pour tout normand.
http://jinormandie.hautetfort.com/
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05.05.2008
[Normandie] Les 1300 ans du Mont Saint Michel
Une nuit d’octobre, l’évêque Saint Aubert voit apparaître dans son sommeil l’archange Saint Michel. Celui-ci lui ordonne alors de faire ériger le Mont Tombe sur un oratoire.
A cette époque, le Mont Tombe offre un abri à de pieux solitaires.
C’est ainsi qu’en 710, le Mont Saint Michel perd son appellation du « Mont Tombe » qui lui avait été donnée par les druides gaulois.
Selon les dires de l’archange Saint Michel, le Mont devait être une réplique du Mont Gargan en Italie.
L’évêque Saint Aubert fit donc construire un sanctuaire circulaire formé de morceaux de roc grossièrement empilés.
Même si les travaux sont, à cette époque, insuffisants, les débuts de ce qui sera une merveille d’architecture, partent vers une belle destinée.
Le Mont Saint Michel, Merveille de l’Occident, est ainsi né il y a 1300 ans quand l’Archange Saint Michel apparut au sommet d’un îlot rocheux battu par les plus grandes marées du monde et fit construire un sanctuaire à la gloire de Dieu.
Durant plus de 1000 ans, la foi et le talent des hommes se conjuguent pour édifier le chef d’œuvre de l’architecture médiévale :
Dès le Xème siècle, les ducs de Normandie décident de construire une nouvelle église sur le Mont.
C’est ainsi qu’en 966 s’établit l’ordre des moines bénédictins a qui l’ont doit l’abbaye romane qui fut édifiée au XIème siècle. La merveille que nous connaissons aujourd’hui est aussi le résultat d’un chantier qui a duré soixante ans.
www.novopress.info
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