Mama Galledou : les aveux de l’incendiaire
Par Denis Trossero
Source : La Provence
Les questions de la famille de la victime et de la défense ont fait jaillir la vérité
La vérité a jailli au moment où on l’attendait le moins. Les débats étaient en train de s’enkyster, la parole des six mineurs mis en cause de se lénifier. Un avocat ironisait sur les maigres concessions faites à la vérité par les accusés. On se demandait même s’ils seraient capables de donner l’heure, si on la leur demandait… Un avocat évoquait non sans humour le mot célèbre de “Mémé” Guerini, le vieux truand marseillais, questionné jadis par un juge : - Vous avez un avocat ? - Oui. - Vous pouvez nous dire son nom ? - Ah non, ça, je ne peux pas…
Me Dominique Mattei a-t-il soudain entrevu une once d’espoir, un souffle de conscience chez son client, âgé de 18 ans, l’un des principaux mis en cause lors de l’instruction ? Il a souhaité que la mère de l’adolescent s’avance jusqu’à la barre. Celle-ci s’est tournée vers son fils: “Tu vas me dire la vérité. Si c’est toi, je veux que tu le dises !” “C’est moi !” a aussitôt répliqué le mineur. Son père a alors bondi, déplorant des aveux peu spontanés selon lui. Qu’importe.
Le jeune homme a alors repris le micro de la cour d’assises, répété “C’est moi !”, puis reconnu que c’est bien lui qui, le 28 octobre 2006, a jeté le mouchoir enflammé depuis l’extérieur du bus. Non, dira-t-il plus tard, il n’a pas vu qu’il restait des passagers dans le bus de la ligne 32. Non, il n’a pas vu que Mama Galledou était encore dedans. Puis il a distribué les rôles, rendant à chacun le triste rôle d’une nuit d’automne qui lui appartient.
Les 5 jurés hommes et les 4 femmes qui composent la cour d’assises des mineurs seront, dès lors, éclairés sur qui devait arrêter le bus, qui devait débloquer les portes, qui a répandu l’essence, qui devait faire descendre les gens. Moment d’intense émotion. Plusieurs des mis en cause en pleureront dans le box. Comme si ce moment de sincérité soudaine libérait tout le monde.
La vérité tant due à Mama Galledou, la victime, surgissait enfin. Tous confirmeront leurs rôles. Me Mattei, celui qui était au coeur de cette maïeutique judiciaire, saluera “un moment de grande vérité et d’humanité”. “Il y a eu un échange de regards très intenses, précisera-t-il. Il semble que dans les propos de sa mère, il ait trouvé la force de s’exprimer. Pour la défense, la vérité est toujours un triomphe. On reste pour autant dans un phénomène de groupe.”
“Le travail de la défense a été énorme”, confirmera Me Hakim Ikhlef, l’avocat d’un autre mis en examen. “En faisant un pas vers la vérité, ajoutera Me Isabelle Terrin, en défense elle aussi, ils ont fait un pas vers la lumière, vers la réinsertion et vers l’indulgence dans le coeur des jurés.” Les six accusés encourent une peine maximale de 15 ans, mais si la cour d’assises écarte l’excuse de minorité, ils risquent jusqu’à 30 ans.
Rien n’est certain à cette heure, mais il est évident que la prime à la franchise ne peut être balayée d’un revers de manche. “L’enjeu à venir, c’est la hiérarchie des peines ou non”, résumera Me Thierry Ospital. Même l’avocat de Mama Galledou, Me Alain Molla, a reconnu, hier, que “c’est un aveu qui en a déclenché d’autres” dans la foulée.
“L’authenticité commence, s’est-il réjoui. On est un peu débarrassé du mensonge. Ils ont enfin des choses à nous dire, y compris des éléments à décharge. Sur ce qui a été avoué, je n’ai aucun doute. Sur l’essentiel, on arrive à la vérité et cette vérité est libératrice. C’est souvent l’appel des mères qui fait que des jeunes gens se libèrent.”
Dans le box des accusés, le principal mis en cause est même allé jusqu’à confier sa “honte”. “Je ne voulais pas, je suis désolé”, martèlera-t-il. Comme un autre homme désormais. Hier soir, il semble que les vils incendiaires de Mama Galledou aient au moins partiellement rejoint la communauté des hommes.



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