Lyon : Biographie de Dominique Perben Cet héritier de la bourgeoisie lyonnaise (même si le berceau de la famille se situe dans le Vaucluse, à Richerenches) effectue ses études (notamment l’Institut d’études politiques de Paris et licence ès sciences économiques) avec son ami de jeunesse Michel Vauzelle. Son frère, Yves Perben, né le 16 février 1940 à Lyon, diplômé de HEC et de Sciences-Po Paris, a été cadre supérieur chez Unilever, Paribas, directeur adjoint d’Indosuez, et est aujourd’hui administrateur et gérant de diverses sociétés en Suisse. Yves Perben épousera, en 1976, Rose Maï Edler, avec laquelle il aura deux enfants. Dominique Perben, lui, a épousé Annick Demoustiers, diplômée de Sciences-Po Paris et ancienne enseignante d’anglais, qui lui a donné un garçon et deux filles. Responsable un temps d’une association de soutien aux enfants du Liban, elle est rapidement devenue son assistante
parlementaire. Son nom est apparu dans l’enquête sur les fantomatiques « chargés de mission» de la mairie de Paris de l’ère Chirac. Comme elle devait l’expliquer au Monde (17 décembre 2000), elle a oublié « dans quelles conditions» elle avait signé son engagement en 1994. Le couple est aujourd’hui séparé, son mari s’étant remarié, en juillet 1996, avec Corinne Garnier. Il devient en 1982-1983, grâce à Michel Noir (il est le parrain de sa fille), directeur des services du conseil régional de Rhône-Alpes et prépare ainsi sa candidature, bien que « parachuté », à la mairie de Chalon-sur-Saône, dont il devient maire en 1983 (battant la liste de gauche, où figure Pierre Joxe) après cinquante-six ans de municipalité de gauche. Un autre homme a beaucoup joué également dans sa carrière, Charles Béraudier, homme fort de la municipalité lyonnaise dans les années 80 et franc-maçon, auprès duquel, comme chargé de mission, il « pourra patienter dans l’ombre» (Le Monde, 9 mai 2002) et préparer la prise de Chalon. C’est peut-être ce qui explique que ce «cadet de la droite» ne s’engagera pas dans la « fronde des rénovateurs » (Michel Noir, Charles Million, etc.) en 1989, ni, l’année suivante, dans la contestation conduite par le tandem Pasqua-Séguin. Il a été réélu député en 1993 dans la 5e circonscription de Saône-et-Loire avec 51,07 % dès le premier tour. Il en a été de même, mais au second tour, en 1997 avec 51,03 %, face à la socialiste Bettina Laville.
En 2002, il l’emporte encore avec 59,59 % toujours face à Laville. Ministre des Départements et Territoires d’Outre-mer d’Edouard Balladur de 1993 à 1995 (parmi ses collaborateurs, figure alors Brigitte Girardin, qui occupera sa fonction dans le gouvernement Raffarin), ce très proche d’Alain Juppé a été réélu député, en juin 1995, dès le premier tour lors d’une élection partielle (55,12 %), mais démissionnera dès novembre (après avoir été rapporteur de la commission d’enquête sur l’immigration clandestine et le séjour irrégulier d’étrangers en France), pour être, durant le second gouvernement Juppé, le ministre de la Fonction publique (jusqu’en 1997). Son absence dans le premier gouvernement Juppé s’explique par le fait que ce chiraquien de toujours avait très nettement pris position en faveur d’Edouard Balladur, ayant été le premier des membres du gouvernement à évoquer, en Balladur, l’« homme qui peut rassembler les Français, pas uniquement au moment d’une élection, mais dans la durée ». Sa vieille amitié pour Alain Juppé lui vaudra de bénéficier rapidement de l’amnistie présidentielle, à la différence d’autres. Membre du bureau politique du RPR depuis 1993, il préside depuis 1997 ; le Club national des réseaux de ville, et, en alternance depuis 1996, le Forum pour la gestion des villes et des collectivités territoriales. Au sein du RPR, il a notamment été secrétaire national aux élus locaux (1984-1986), aux élections (1986-1988), à la communication (1988-1990), secrétaire général adjoint chargé du projet (1992-1993), chargé des affaires étrangères (1998-1999), puis de la réforme de la fonction publique et de l’organisation territorial (depuis 1999). En 1992, il a appelé à voter oui au Traité de Maastricht. Membre discret de l’ancien service d’ordre gaulliste, le Service d’action civique, reconverti en Mouvement Initiative et Liberté (dont le slogan est « vigilance et action »), il a fréquenté le très maçonnique Cercle du 24 mars 1989, créé à l’occasion de l’élection à la mairie de Lyon de Michel Noir. Il n’est pas impossible en effet que Perben soit franc-maçon. C’est ce que devaient notamment assurer des journaux polynésiens (cf. Meva, 20 septembre 1999), lorsqu’il effectua un voyage à l’île de Tupai (un îlot à 20 kilomètres de Bora-Bora) en Polynésie en septembre 1999 avec Gaston Flosse. Le Nouvel observateur (28 octobre 2004) révélait l’existence d’une liste où il apparaissait membre de la loge lyonnaise La Rose et le Réséda donnée dans l’hebdomadaire comme relevant de la GLNF mais relèverait en réalité de la Grande Loge de France. En 2001, ce membre du Siècle fonde, avec Jean-Pierre Raffarin, le futur Premier ministre, Jacques Barrot et Michel Barnier un discret mais influent club, Dialogue et initiative, destiné à servir de « boîte à idées» au candidat Chirac. Dans ce cadre, ce membre du comité d’orientation de la campagne Chirac participera largement à l’apaisement des rancœurs entre balladuriens et chiraquiens, d’autre part à la neutralisation des querelles entre UDF et RPR. Hommes des clubs et des cénacles, il a également fondé, début 2002, Liberté Tranquillité, association d’élus de droite « sécuritaires » ayant pour but « d’échanger leurs expériences, leurs réussites, leurs échecs aussi» (Libération, 14 février 2002). Membre de la droite bonapartiste (il est hostile à la municipalisation de la police), il n’a jamais hésité à décomplexer ses amis (« Il ne faut pas hésiter à dénoncer l’idéologie soixante-huitarde responsable de l’immunité actuelle») tout en dépassionnant les questions doctrinales qui ont souvent divisé la droite (Europe, décentralisation). Il parle plus volontiers d’« immunité zéro» que de « tolérance zéro » et plutôt que de supprimer es allocations familiales aux familles de délinquants récidivistes, il évoque les « pénalités financières destinées à réparer les incivilités ». Libération (14 février 2002) écrit : « On croirait presque entendre un socialiste … » Il faut dire que son programme s’inspire largement de celui du candidat Lionel Jospin, lequel prévoyait par exemple la création de juges de proximité, l’ouverture de centres fermés pour délinquants et la réforme de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs (ce qui explique la gêne actuelle de la gauche lors des votes). Durant la campagne électorale 2002, ce « membre du cabinet noir de Jacques Chirac » (Libération, 8 mai 2002) s’employer à freiner les ardeurs des maires qui auraient souhaité donner leur signature à Jean-Marie Le Pen. Cet « homme de confiance du couple Juppé-Chirac, envoyé place Vendôme, aura pour mission d’étouffer les affaires » (Libération, 8 mai 2002), et notamment la plus importante les multiples menaces pesant sur Alain Juppé, le président de l’UMP. Le 18 septembre 2002, dès la remise en liberté de Maurice Papon pour raisons médicales, il a aussitôt déclaré que « ce n’était pas le souhait du ministère de la Justice ». A la demande de Jacques Chirac, il a d’ailleurs fait appel de cette décision auprès du parquet général. Nommé Garde des Sceaux et ministre de la Justice dans le gouvernement Raffarin, il a fait voter une loi sur la justice, largement inspirée des lois américaines (infiltration policière, témoignages des repentis, primes aux délateurs, plaider-coupable, etc.), en profitant pour encore aggraver les délits relatifs au révisionnisme (l’allongement du délai de prescription de ces délits par voie de presse est passé de trois ans, aggravation des peines pour ces délits, etc.). Il a été reconduit au même poste dans les gouvernements Raffarin successifs, même si son départ fut évoqué en mars 2004. Elu conseiller général de Lyon 6eme en mars 2004, il prépare activement les élections municipales de Lyon en 2008. Il a failli être écarté, à son grand dam, du gouvernement en juin 2005 mais a réussi à conserver un poste comme ministre des Transports, de l’Equipement, du Tourisme et de la Mer.
Source : Encyclopédie Politique Française (tome II) Emmanuel Ratier