31.03.2008
[Entretien] Avec Arnaud Borella
Entretien avec Arnaud Borella, responsable de l’Association Solidarité Kosovo.
Arnaud, bonjour. Tu es responsable de l’association Solidarité Kosovo, peux-tu nous présenter son histoire récente et ses objectifs ?
L’association « Solidarité Kosovo » existe depuis 2005. Nous avons créé cette association en réponse aux pogroms antiserbes qui ont secoués la région du Kosovo-Métochie en 2004. Voir ces villages brûlés, ces populations déplacées nous a véritablement révolté. De 2005 à 2008 nous avons donc effectué quatre convois humanitaires au moment de Noël afin d’offrir jouets et vêtements chauds aux enfants des enclaves serbes. Nous donnons les jouets aux enfants de main à la main. Nous laissons également du matériel scolaire (peinture, cahiers, stylos …) dans les écoles de chaque village. Quelques jours après l’indépendance du Kosovo nous avons réalisé une mission d’urgence d’un autre type, en apportant du matériel de télécommunication pour sécuriser les parties serbes du Kosovo. Depuis le début nos objectifs sont clairs : venir en aide aux populations serbes du Kosovo et cela par tous les moyens ! Cela passe par de l’aide matérièle, par un soutien moral mais aussi par des actions de sensibilisation en France sur le sort réservé aux Serbes du Kosovo.
Aider des familles … en Serbie, exotique dans le paysage actuel ! Face à l’humanitarisme mondialiste, vous défendez une solidarité enracinée ?
Cela surprend toujours les gens ! « En Serbie ? ». Comme si le monopole de la souffrance était réservé aux seuls pays d’Afrique. A l’heure où l’aide humanitaire est soit un métier soit un passe temps pour étudiants en quête de bien être moral nous faisons figure d’exception. Car ce qui nous anime n’est pas un idéal cosmopolite mondial que l’on retrouve bien souvent dans les associations humanitaires mais plutôt un devoir de solidarité envers un peuple européen dans la difficulté. Si nous partons là- bas et que nous prenons tous ces risques, ce n’est pas au final pour aider des « humains » mais pour aider des Européens. De plus, en tant que Français, nous avons une histoire commune avec la Serbie et notre entente a toujours était des meilleures. De voir aujourd’hui nos dirigeants trahir cette vieille alliance aux profits des intérêts américains et albano-musulmans me révolte profondément. Tout cela ne peut que m’inciter à aider ces gens avec qui nous avons tant de choses en commun. Notre solidarité est donc enracinée, elle prend racine dans 30 000 ans d’identité européenne, dans 2000 ans de christianisme et dans plusieurs siècles d’amitié-franco serbe.
Il existe donc une véritable urgence, peux-tu nous présenter brièvement la situation des serbes en Kosovo-Métochie ?
Les Serbes du Kosovo-Métochie ne représentent plus que 6% de la population. Ils sont moins de 120 000 sur tout le Kosovo alors que les Albanais (qui représente 92% de la population) sont environ 2 millions. Il faut rappeler qu’à l’origine cette terre était serbe et qu’il n’y avait aucun Albanais présent au Kosovo-Métochie. Ce n’est que par vagues d’immigrations successives qu’ils sont progressivement devenu majoritaires… Une partie des serbes (1/3) vit dans le nord du Kosovo où ils sont majoritaires mais la majeure partie d’entre eux réside dans la partie albanaise où les gens sont confinés dans des « enclaves ». Une enclave, c’est un village entouré d’Albanais. Véritable prison à ciel ouvert de laquelle on ne peut sortir sans escorte militaire. Les habitants des enclaves ne peuvent aller travailler car le travail est contrôlé par les Albanais. Les gens vivent avec une faible allocation allouée par l’état serbe qui leur permet tout juste de vivre lorsqu’ils cultivent en plus un potager. Les insultes, les agressions et les vols (notamment de bétail, de matériel et de bois) sont courants. Les Serbes ne bénéficient que d’une faible protection de la KFOR (forces internationales déployées au Kosovo), KFOR qui n’a pu empêcher les assassinats et les villages incendiés en 2004 !
Une situation aggravée par la déclaration d’indépendance des Albanais du Kosovo ? Qu’as- tu pu constater sur le terrain et que peut-on redouter pour la suite ?
La déclaration d’indépendance inquiète énormément les Serbes du Kosovo. Le premier ministre du Kosovo Acim Thaçi est un ancien leader de l’UCK (groupe terroriste albanais) et est soupçonné d’avoir commis des crimes de guerres à l’encontre du peuple serbe. Il faut savoir que les événements de mars 2004 ont été commis alors que 17 000 soldats de la Kfor ainsi que plusieurs milliers de policiers de la MINUK et du KPS étaient sur place… Avec un Kosovo indépendant, ces personnes qui ont commis des exactions seront livrées à elle-même, sans forces d’interpositions, sans regard international. Comment ne pas craindre le pire ? La situation sur place est assez tendue. Les soldats de la KFOR font des convois plus réguliers et plus importants. Le nombre de Check point sur les routes et zones à risques a fortement augmenté. Les soldats fouillent les véhicules afin de chercher des armes ou des explosifs. Nous avons d’un côté des Serbes dépités, qui viennent de se faire voler 15% de leur territoire et de l’autre des Albanais qui fêtent l’indépendance. Mais lorsque l’heure des réjouissances sera terminée on peut s’attendre à un véritable nettoyage ethnique des Serbes. De fait, celui-ci a déjà commencé depuis longtemps et la présence des forces internationales ne l’aura pas empêché. Ainsi depuis l’intervention de l’OTAN en 1999, plus de 230 000 serbes ont quitté la province, 150 églises et monastères ont été détruits pendant que sur la même période les Albanais ont construit 400 nouvelles mosquées et franchi la barre des 92% ! Ce processus s’accélèrera encore avec l’indépendance ; et avec le retrait des forces internationales, la violence augmentera, c’est certain.
Au gré des différentes missions, vous avez souvent mis en avant le courage et la détermination des Serbes du Kosovo, plus qu’un combat contre la pauvreté, c’est un combat pour la civilisation qui se déroule là-bas ?
C’est avant tout une guerre ethnique et religieuse qui se déroule au Kosovo-Métochie. Cette guerre prend racine dans l’histoire mouvementée de cette région. Il n’y avait pas de problème entre les Albanais vivants dans les montagnes bordant le Kosovo et les Serbes vivants dans les plaines avant que les premiers ne se convertissent à l’Islam sous l’influence des Turcs. C’est l’empire ottoman qui a favorisé l’immigration albano-musulmane au Kosovo dans le but de pacifier la zone qui n’était peuplée que de Serbes chrétiens. Les Serbes avaient à cette époque-là un statut inférieur de Dhimmis, tandis que les Albanais convertis régnaient en maître. Les Albanais sont depuis toujours nostalgiques de cet empire ottoman qui a fait leur force. On voit donc, en lisant l’histoire du Kosovo, que les troubles actuels sont les conséquences de l’affrontement de deux civilisations, à savoir l’Europe et l’empire ottoman. Ces deux tendances s’affrontent encore aujourd’hui, avec d’un côté le peuple serbe resté fidèle aux valeurs européennes et de l’autre les Albanais islamisés qui ont fait le choix de se tourner vers l’orient. Lorsque l’on traverse le Kosovo, l’opposition est flagrante : drapeau serbe contre drapeau albanais, église contre mosquée. Ce combat qui se déroule au Kosovo depuis 5 siècles et demi prend une tournure encore plus tragique aujourd’hui avec l’appui des Américains aux Albanais. Les intérêts énergétiques et géostratégiques s’invitent sur les ruines d’un conflit civilisationnel.
“Aujourd’hui la Serbie, demain la Seine Saint-Denis” … l’invasion musulmane au Kosovo a été fulgurante, les Français seraient donc des Serbes sans conscience et sans force ?
Je ne pense pas que l’on puisse comparer la façon dont les musulmans sont arrivés en Serbie au 14e siècle et la façon dont ils sont arrivés en France au 20eme siècle. Au Kosovo, les Turcs sont arrivés en imposant la guerre. Les Albanais convertis ont poursuivi ce travail jusqu’à aujourd’hui. Chaque génération de Serbes a connu, soit l’occupation et les razzias, soit les conflits armés contre les musulmans. La résistance n’a jamais cessé depuis tous ces siècles. Il est donc « normal » pour un Serbe du Kosovo de continuer à défendre sa terre. En France l’arrivé des musulmans s’est faite petit à petit, « immigration de travail », puis regroupement familial. Nous n’avons pas vu débarquer une armée de soldats venus conquérir mais des familles venues « s’intégrer »… Les Français, vivant dans un confort matériel général et aveuglé par la propagande médiatique n’ont pas compris la nature du danger. Ces Français-là sont victimes de la société qu’ils ont acceptée, victime de leur embourgeoisement. Car pourquoi s’engager quand l’on a tout à perdre ? Je pense donc qu’il est impératif que les Français retrouvent leur esprit de résistance et leur lucidité pour que notre pays ne devienne pas un Kosovo géant d’ici quelques décennies.
La dernière mission qui a directement suivi la déclaration d’indépendance albano-kosovarde a été une grande réussite, l’association a montré sa réactivité et la solidité de ses assises dans les communautés serbes. Comment se sont construits puis développés les contacts sur le terrain ?
Les contacts se sont établis puis renforcés au fil des années. Dans des zones de guerre comme le Kosovo il y a énormément de méfiance. Les gens se demandent sans cesse « qui sont ces gens ? », « que veulent-ils ? », « sont-ils ici pour les services français, », « pour les Albanais ? »… Et de notre côté nous nous sommes également posés des questions : « ces gens que nous rencontrons sont ils sérieux ? », « ne vont-ils pas essayer de récupérer du matériel pour le vendre ? ». Il faut donc établir des relations de confiance. Le temps, les discussions et les amitiés qui se sont noués depuis 4 ans nous ont permis d’avoir une réelle entente avec nos contacts. Je suis également parti 1 mois et demi au Kosovo afin d’apprendre le serbe, de mieux connaître la situation locale et la vie des gens au quotidien. Beaucoup de liens se sont noués durant cette période. Le ministère français déconseille aux Français d’aller en Serbie suite à la reconnaissance d’indépendance du Kosovo par Sarkozy. Pour notre part, nous sommes accueillis là-bas à bras ouverts et salués dans la rue.
On imagine que l’avenir sera à l’intensification des actions de solidarité, cela n’est pas sans coût matériel et humain. Comment soutenir vos actions ? Comment va se développer l’action de Solidarité Kosovo dans les prochaines années ?
Pour nous soutenir plusieurs manières sont possibles :
Faites un don à l’association. Chaque don donne droit à une déduction fiscale à hauteur de 66% du montant du don. (Ainsi un chèque de 100 € ne revient en réalité qu’à 34 €).
Faites connaître notre association. En parlant autour de vous, à vos amis, votre famille, vos collègues … relayez nos communiqués, diffusez nos tracts (sur simple demande à contact@solidarite-kosovo.com).
En groupe : organisez des ventes de gâteaux à la sortie des églises. Cela permet de ramener des fonds pour l’association et de sensibiliser les croyants au sort des chrétiens serbes du Kosovo.
Organisez des réunions, des conférences dans lesquels des membres de l’association peuvent intervenir et parler de nos expériences. (Nous sommes déjà intervenus à Paris, Genève, Marseille, Lyon, etc).
Devenez un correspondant de notre association et démarchez des entreprises et des mairies pour des subventions. Démarchez des magasins de jouets et les écoles (matériel scolaire) ou les magasins de grande distribution pour les convois de Noël. Pour cela prenez contact avec nous.
Si vous connaissez des personnes pouvant nous avoir des réductions sur les locations de camions, sur de la télécommunication ou de la vidéo surveillance. Contactez nous.
Nous souhaitons repartir cet été, emmener encore du matériel de télécommunication. Cette aide est indispensable pour relier différentes familles serbes, différents villages serbes qui pourront ainsi être prévenus en cas d’attaques ennemies. Si nos fonds nous le permettent, nous repartirons, c’est une nécessité. A Noël nous irons emmener pour la cinquième année consécutive des jouets, des vêtements chauds et du matériel scolaires dans les enclaves serbes. Dans nos projets d’avenir nous espérons élargir notre action avec l’aide d’autres pays européens. Depuis quelques mois, nous avons noué de nombreux contacts avec des personnes d’Europe souhaitant venir en aide aux populations serbes du Kosovo, nous réfléchissons donc aux types d’actions que nous pourrions mener ensemble.
Le mot de la fin ?
Nous n’avons pas souvent l’occasion de pouvoir agir concrètement pour défendre une cause qui nous est chère. Mais je crois que le travail accompli par notre association depuis maintenant quatre ans démontre que c’est possible. En offrant des jouets pour Noël, ce n’est pas seulement une journée du quotidien de quelques enfants que nous changeons : nous soutenons tout un peuple. Et ce message est perçu comme tel par les habitants qui nous accueillent. La solitude des Serbes des enclaves et le sentiment d’être abandonnés par leurs frères européens sont brisés lorsque notre convoi arrive. Les yeux l’expriment tout autant que les paroles. Au-delà d’une aide concrète et nécessaire, c’est un véritable message de soutien que nous leur apportons !
Source: http://alarmaaa.wordpress.com
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27.02.2008
[Entretien] Avec Christian Chaton
Alors que leur courant de pensée n’était encore que balbutiant lors des dernières élections municipales et seulement cinq ans après qu’ils aient décidé de se structurer à travers le Bloc et les Jeunesses Identitaires, Les Identitaires seront présents à travers dix listes lors des prochaines élections municipales. Ils seront également représentés dans une dizaine de listes d’intérêt local. Avec leurs partenaires d’Alsace d’Abord, Les Identitaires incarnent un nouveau courant politique qui s’exprime à travers une droite identitaire, sociale et européenne. Cette présence aux élections municipales constitue le premier résultat du projet de Fédération identitaire (www.elus-identitaires.com) lancée officiellement lors de la Convention identitaire de Beaune.
Qu’ils mènent une liste à l’initiative des Identitaires où qu’ils soient présents aux côtés des patriotes et nationaux, nous vous proposons de découvrir les hommes et les femmes qui représenteront l’alternative enracinée lors du scrutin du 9 mars prochain.
Aujourd’hui : Christian Chaton, candidat à l’élection municipale de Rombach-le-Franc.
Novopress : Pouvez-vous vous présenter et retracer votre parcours militant ?
Christian Chaton : 45 ans, ancien officier de l’Armée de Terre. Premières armes militantes en 1977 au sein du Front de la Jeunesse à Toulon.
Conseiller régional d’Alsace de 1998 à 2004 (FN puis MNR). Conseiller municipal de Sainte-Marie-aux-Mines en 2001. Rejoint Alsace d’Abord en 2002.
Conseiller général du canton de Sainte-Marie-aux-Mines depuis 2004.
Porte-parole de la Fédération Identitaire.
Novopress : Quelle est votre liste ? Quels en sont les axes de campagne principaux ?
Christian Chaton : Je conduirai les 9 et 16 mars une liste d’entente communale à Rombach-le-Franc, commune de 850 habitants dans le Haut-Rhin, avec comme axes de campagne principaux :
- replacer les Rombéchats au cœur de l’action municipale ;
- faire de notre commune une référence en matière de qualité de la vie et de respect de notre environnement, et promouvoir les énergies renouvelables ;
- relancer l’intercommunalité dans le Val d’Argent.
Novopress : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager dans cette bataille électorale ?
Christian Chaton : La demande insistante de nombreux habitants qui souhaitaient me voir conduire une liste, mais aussi le désir de goûter à cette formidable aventure humaine qu’est l’exercice d’un mandat de maire.
Novopress : Qu’est-ce pour vous qu’un élu identitaire ?
Christian Chaton : Un élu identitaire est un élu qui a compris que le combat se gagne avant tout en prenant en compte les attentes de nos concitoyens, et pas en se faisant plaisir en cercle fermé.
Novopress : Quelle serait votre première mesure si vous étiez élus à la mairie ?
Christian Chaton : Reverser une partie de mon indemnité de fonction à la commune de façon à financer une subvention incitative de 400 € par foyer s’équipant d’un chauffe-eau solaire (dans la limite de 10 projets par an).
22:01 Publié dans Entretien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identitaire
19.02.2008
[Entretien] Avec Fabrice Robert
Le Chêne : Pouvez-vous présenter le Bloc identitaire que vous présidez, son organisation, sa ligne politique et ses objectifs ?
Fabrice Robert : Créé en avril 2003, le Bloc identitaire est une structure prônant l’action en réseau et qui réunit ceux pour qui la préservation de nos identités historiques et charnelles (local, national, civilisationnel) est une priorité. Favorable à l’idée d’une France des régions dans une Europe des nations, le Bloc identitaire entend aussi mettre l’accent sur l’action sociale avec pour objectif simple : aider les nôtres avant les autres.
Le Bloc identitaire agit selon quatre axes : Développement du travail dans le domaine associatif (culturel, social, etc.) ; Combat électoral pour développer un réseau de candidats et d’élus identitaires ; Fédération d’un réseau de compétences avec mise en place de projets thématiques (Soutien scolaire, Aide à l’emploi ; Conseils juridiques ; etc.) ; Centrale d’agitation (et boîte à idées) dont l’action se concrétise à travers des actions de lobbying ayant démontré à plusieurs reprises leur efficacité sur le terrain médiatique.
Nous voulons donc continuer à développer une communauté militante capable de peser sur la vie politique française étant entendu que, selon nous, le pouvoir ne se prend pas uniquement par la voie électorale mais également via des structures (associations, syndicats, etc.) et des supports (réseau Internet, musique, etc.) susceptibles de relayer notre conception du monde.
Le Chêne : Quelles relations le Bloc identitaire entretient-t-il avec les partis politiques de la droite nationale (FN, MNR) ? Envisagez-vous des actions communes ?
Fabrice Robert : Nous entretenons de bonnes relations avec le MNR ainsi qu’avec certains responsables du FN qui n’ont pas été séduits par un discours jacobin, ultra-républicain et assimilationniste qui semble actuellement en vogue au sein de ce parti.
Ceci étant dit, nous avons déjà suscité un certain nombre d’opérations qui ont permis de rassembler des militants nationaux et identitaires autour d’actions communes. Citons, pour exemple, la fameuse soupe au cochon destinée à aider nos frères européens dans la misère ou bien encore l’action anti-Sniper qui a réussi à fédérer des militants d’horizons divers autour de la dénonciation du racisme anti-blanc.
L’Union patriotique s’était ainsi concrétisée à la base et dans l’action bien avant l’annonce faite juste avant la dernière élection présidentielle.
Le Chêne : Quelle est la stratégie des Identitaires pour les élections municipales et cantonales de mars prochain ?
Fabrice Robert : Nous voulons, tout d’abord, poursuivre l’effort entrepris sous nos couleurs dans le Pays Niçois avec une liste identitaire à Nice et trois candidatures aux cantonales sachant que notre liste pour les élections municipales est en train de réaliser le rassemblement des forces identitaires, régionalistes et patriotiques sur Nice.
En Alsace, il y a bien évidemment les candidatures aux cantonales et aux municipales de nos amis d’Alsace d’Abord.
Au-delà de ces deux spécificités locales, notre stratégie peut se décliner autour deux axes : des candidats sur des listes d’intérêt local ou de manière autonome dans des petites communes rurales ; des candidats identitaires vont participant à des listes de rassemblement aux côtés des nationaux quand leur spécificité et leur sensibilité identitaire est respectée et que le projet municipal en tient compte (fédéralisme et décentralisation, position claire sur l’immigration et l’islamisation).
21:22 Publié dans Entretien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.02.2008
[Entretien] Débat Vautier / Vardon
Ben Vautier / les Identitaires : une curiosité mutuelle, une rencontre, un questionnement croisé
Voilà déjà un certain temps que les Identitaires s’intéressent à Ben Vautier… et que Ben Vautier se pose des questions sur les Identitaires ! Et - un peu grâce à Novopress, que Ben lit régulièrement - les uns et l’autre ont décidé de se parler.
Ben, c’est un nom – ou plutôt un prénom - qui dira quelque chose à ceux qui s’intéressent au milieu de l’art et à l’école de Nice en particulier. Ben est considéré comme un artiste majeur de l’avant-garde artistique française à partir des années 1960 et il devient connu du grand public à travers notamment ses « écritures ». Mais ce n’est pas avec l’artiste que le dialogue s’instaure aujourd’hui (on aime ou on n’aime pas. Les goûts et les couleurs, vous savez ce qu’on dit…), mais c’est avec le gaulliste de gauche, défenseur des identités linguistiques.
Parce que les écrits de Ben, en particulier sa lettre électronique, recèlent souvent des réflexions qui tranchent pour le moins avec la pensée unique et le politiquement correct. Elles ont intrigué Novopress qui s’est demandé : « mais est-ce que, par hasard, Ben ne serait pas un Identitaire qui s’ignore ? » Question qui méritait d’être posée, quand on sait que Ben est l’un des fondateurs de la 1ère Internationale ethniste. Question qui devait lui être posée après avoir lu dans sa lettre les phrases suivantes :
MA POSITION CONCERNANT “LES IDENTITAIRES ”
je suis pour un débat public avec eux
on me dit qu’ils sont méchants
donc qu’il ne faut pas leur parler
je ne suis pas de cet avis
Fontan aurait accepté le débat
le débat porterait sur
qu’est ce qu’un peuple, une langue, une culture
et comment gérer l’avenir
des cultures des langues et des peuples du monde sans
tomber dans les dérives de l’impérialisme et du racisme. »
Un débat public ? Qu’à cela ne tienne ! Un coup de fil aux intéressés : Philippe Vardon, l’ancien porte-parole des Jeunesse Identitaires et actuel candidat à la mairie de Nice sur la liste N.I.S.S.A., est bien entendu partant. Ben, lui, précise qu’il n’entend pas être instrumentalisé et adresse à Novopress le courriel suivant :
« Novopress
Il est vrai que dans ma dernière newsletter
j’ai dit qu’il était préférable
d’instaurer un débat d’idées que le silence et l’invective
Ce qui m’a aussi motivé
est que vous mettiez l’accent sur la notion d’identité
matière qui m’intéresse
J’ai donc, bien qu’en désaccord avec la plupart des positions
des identitaires de Nice,
pris soin de lire
une dizaine de leurs articles
parus sur leur site
et sur Novopress
Par ailleurs
je suis sans doute naïf mais je suis de ceux qui croient
au pouvoir des mots
porteurs d’arguments
et qui finissent par dérouter et convaincre
je suis donc prêt à répondre à vos questions
si comme dans toute interview vous répondez aux miennes
Et il y a échange égal
A cette fin
voici donc une liste d’une dizaine de questions que j’aimerais poser à Philippe Vardon du groupe des Identitaires de Nice. »
Rendez-vous est donné dans un bar de Nice. Sont également présents un ami de Ben ainsi que Fabrice Robert, le président du Bloc Identitaire. Deux heures de discussion conviviale et pour le moins animée. Puis Ben remet à Philippe sa liste de questions. Un premier échange que Novopress publie ci-dessous. En attendant le match retour : les réponses de Ben aux questions de Philippe, à découvrir dans quelques jours.
Que les gardiens du Temple se rassurent : Ben n’a pas pris sa carte chez les Identitaires ! Il a simplement eu le courage de briser un tabou en dialoguant, tout simplement…
Ben Vautier : Le mot « identité » est très important chez les “identitaires”. Pouvez-vous me définir ce que vous entendez par « identité » ?
Pour moi l’identité d’un peuple se situe avant tout dans sa langue ainsi :
- il y a un peuple Italien parce qu’il y a une langue italienne ;
- il y a un peuple Kurde parce qu’il y a une langue kurde ;
- il y a un peuple Arabe parce qu’il y a une langue arabe ;
- il y a un peuple Berbère parce qu’il y a une langue berbère ;
- il y a un peuple Basque parce qu’il y a une langue basque ;
- il y a un peuple Tibétain parce qu’il y a une langue tibétaine ;
- il y a un peuple Occitan parce qu’il y a une langue oc ;
Cette liste peut continuer pour toutes les langues du monde.
Ensuite, toujours pour moi un peuple (défini par sa langue) doit pouvoir être maître de son destin culturel politique sur son territoire linguistique. Êtes-vous d’accord ?
Philippe Vardon : L’identité est pour nous un tout dont on ne peut retrancher aucune partie, mais donc, aussi, que l’on ne peut limiter à l’une d’entre-elles. C’est pourquoi je répondrai tout d’abord que l’on ne peut limiter l’identité à la langue, même si celle-ci est un élément très important car elle traduit souvent le regard que porte un peuple sur le monde (on peut notamment constater l’inexistence de mots ou encore de repères temporels précis dans certaines langues). Pour exemple, Serbes et Croates parlent la même langue (qu’ils écrivent seulement selon un alphabet différent) mais je ne pense pas que l’on puisse les considérer comme faisant partie d’un même peuple…
L’identité est un tout, disais-je, un tout que l’on peut globalement qualifier d’ethno-culturel (pour reprendre la dichotomie classique entre l’inné et l’acquis, l’héritage et l’enseignement). L’identité est à la fois ce qui permet de se définir comme un individu unique, mais aussi de se reconnaître comme appartenant à un groupe humain. L’identité est ce qui fait que l’on se différencie tout comme l’on se ressemble, et donc se rassemble. Elle est un faisceau d’indices (ethnie, civilisation, culture, langue, traditions, religion, nom, métier) qui fait que l’on peut se définir par rapport à l’ensemble et par rapport à l’autre. Ainsi je peux m’affirmer Niçois, Français et Européen (reconnaissant pleinement ces trois niveaux d’identité comme consubstantiels), mais aussi, pourquoi pas, catholique, et même commerçant. C’est la reconnaissance, la conscience de ce que je suis (car être Identitaire c’est avant tout accepter d’entamer le chemin répondant à cette question: « qui suis-je? ») qui me permet de dire que je suis plus proche d’un Provençal ou d’un Piémontais que d’un Alsacien, mais aussi plus proche d’un Alsacien que d’un Danois, et que j’ai plus en commun avec un Polonais qu’avec un Sénégalais.
Dans le tout premier manifeste des Jeunesses Identitaires, que j’ai rédigé, nous affirmions que nous voulions « comme chaque peuple en a le droit, vivre sur notre terre selon notre identité ». Si je l’écrivais aujourd’hui je rajouterais certainement « en paix, et avec ceux qui nous ressemblent ». Quand nous disons « Maîtres chez nous » vous pouvez aussi entendre « Maîtres chez eux », le principe d’une terre pour un peuple (et un peuple pour une terre) étant un des fondements de notre action.
Ben Vautier : Qu’est-ce qui relie le plus l’appartenance d’un peuple à un territoire ?
- est-ce son histoire (conquête militaire ou autre)
- ou la langue et la culture de la population qui vit sur ce territoire ?
Philippe Vardon : Pour vous répondre j’en appellerais volontiers à Maurice Barrès en évoquant la terre et les morts. Le droit que peut fonder un peuple sur une terre est à mon sens basé sur un lien charnel. Celui du sang et de la sueur versés par ses ancêtres pour ensemencer ce sol; celui des tombeaux de ses pères; celui des pierres que les mains de ses aïeux ont élevées et empilées une à une.
Ben Vautier : Oublions pour cette question la France, parlons du monde.
Quelle est votre position par rapport à ces peuples en lutte pour le droit à gérer leur propre destin ?
1) les Flamands de Belgique ;
2) Les Tibétains ;
3) Les Basques Espagnols et français ;
4) Les Tchétchènes ;
5) Les Boers d’Afrique du Sud ;
6) les Mapuches du Chili ;
7) les Karens etc. pour plus de 500 luttes de libération nationales.
Philippe Vardon : 1) La Belgique est un exemple de nation artificielle par excellence. Je pense que les Flamands de Belgique devraient avoir le droit de se doter de leur propre Etat s’ils le souhaitent. Malgré les réticences wallonnes et avec toute la sympathie que je peux avoir pour ce peuple, on ne peut obliger deux peuples qui ne le souhaitent plus à vivre ensemble. C’est même une position dangereuse, semeuse de haine et de troubles. Je crois qu’il est tout à fait envisageable de préparer un divorce à l’amiable comme cela a pu être le cas pour les Tchèques et les Slovaques par exemple. Il est aussi important de dédramatiser ce type de question.
2) Je peux vous répondre avec autant d’aise que je suis un ami du Tibet et que, plus jeune, j’ai milité pour un Tibet libre au sein de différentes associations. Le Tibet est une nation meurtrie et martyrisée par la Chine communiste (je me permets de rappeler que la Chine est un pays communiste, car l’on a trop souvent tendance à présenter les marxistes comme les amis de la cause des peuples alors que l’étude la plus basique de l’histoire du XXème siècle démontre tout l’inverse). Pékin a mis en œuvre un véritable génocide au Tibet et cela sous le regard complice (puisque silencieux) du monde entier. Pendant que l’on prépare les Jeux Olympiques de Pékin, au Tibet on torture et on stérilise. Je trouve cela révoltant.
3) La question du Pays Basque est complexe puisque, comme vous le rappelez avec justesse, Euskadi est divisée entre la France et l’Espagne. Je pense que l’on pourrait trouver une solution satisfaisante à travers le développement des euro-régions dans le cadre de la construction européenne. Fidèles au pragmatisme - qui doit à mon sens guider toute action politique - et au principe de subsidiarité, il est important de ne pas enfermer dans un cadre trop formaté et strict les euro-régions. Si pour certaines la coopération économique peut être l’unique base, d’autres devraient pouvoir être dotées de droits politiques réels. Là encore, c’est la recherche de la paix et de l’harmonie qui doit être privilégiée.
4) C’est une toute autre question que celle des Tchétchènes. Vous nous amenez là aux confins de l’Europe, et qui dit frontière (car je crois qu’il existe des frontières à l’Europe) dit troubles. Nous sortons là de la simple « lutte de libération nationale » pour toucher du doigt des enjeux de civilisation. La Tchétchénie n’est pas uniquement le théâtre de la lutte d’une province pour son indépendance face au pouvoir central, elle est l’un des fronts d’un islamisme belliqueux et conquérant qui a su ici épouser les traits d’une lutte populaire, comme surent aussi le faire autrefois les marxistes… Très franchement entre un certain impérialisme russe et l’impérialisme islamique, mon choix est tout fait.
5) Dure situation que celle des Boers d’Afrique du Sud. Passés de dominants à dominés (car une fois de plus nous avons la preuve que les sociétés multiraciales stables et harmonieuses n’existent pas !) les voici devenus trop souvent des cibles pour les populations noires. C’est aujourd’hui un véritable apartheid (au sens premier du terme) qui doit s’effectuer avec la création d’un Etat blanc dans l’une des provinces de l’Afrique du Sud. Sinon je pense que nous verrons la présence d’origine européenne réduite à peau de chagrin en l’espace de deux générations (ceux qui n’auront pas été tués finissant par revenir s’installer sur le continent européen).
6) Je ne connaissais que de très loin la cause mapuche et vous m’avez donc poussé à m’y intéresser, ce dont je vous remercie. Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement rapide avec la lutte des indiens du Chiapas. Ces luttes ont ceci d’intéressant qu’elles soulignent le réveil des identités populaires sorties de la plus profonde mémoire face aux firmes transnationales et à la finance sans âme.
7) Je connais aussi assez bien le combat des Karens de Birmanie et des combattants de la spirale d’or. C’est un combat que je soutiens depuis longtemps. De nombreux militants de la droite nationaliste ou de la droite catholique(en France mais aussi en Italie) se sont d’ailleurs illustrés par leur soutien à la cause Karen. Certains y ont même laissé la vie.
Je pense qu’à travers ces différents exemples nous avons pu démontrer la cohérence de notre positionnement face à ces luttes de libération nationale. Le soutien est en général notre premier élan, encore faut-il que ces luttes ne constituent pas directement ou à terme un danger pour notre peuple. Là aussi, les nôtres avant les autres !
Ben Vautier : En quoi considérez-vous vos revendications identitaires différentes ou ressemblantes à celle les mouvements de résistance pour un Tibet libre, un Kurdistan libre et une Corse libre ?
Philippe Vardon : Le fond me semble le même : l’affirmation et la défense de son identité face à un rouleau compresseur globalisant et face à ce que l’on vit comme une agression. Naturellement, la lutte (dans sa dimension autonomiste et pas forcément indépendantiste, quoique le choix appartienne in fine au peuple corse) des Corses est celle dont nous nous sentons les plus proches. Les situations tibétaines et kurdes sont très différentes de la nôtre puisqu’il s’agit d’une nation sous occupation étrangère et d’une nation éclatée entre plusieurs Etats.
Ben Vautier : A quel moment peut-on dire qu’une population vivant sur son propre territoire linguistique a été assimilée par une autre culture, langue ? Est-ce que d’après vous l’Occitanie en tant que peuple (langue nation) a été irrémédiablement assimilée ?et risque de perdre sa langue ?
Philippe Vardon : Je ne crois pas que l’on puisse réellement, intégralement, assimiler un peuple. On peut assimiler une personne (individu face à un ensemble), cela devient très dur quand il s’agit d’un groupe. De plus, l’assimilation entend une très forte part de volontarisme. Je crois que, dans le cadre de mouvements historiques tels que des annexions ou conquêtes militaires, la nouvelle puissance vient poser son vernis sur la culture locale mais ne la fait jamais disparaître vraiment. Après tout, c’est ainsi que s’est construite la France et nous pouvons pourtant constater (alors que l’effort d’uniformisation a parfois revêtu des formes violentes) que les identités charnelles et populaires des provinces n’ont pas été totalement étouffées et anéanties. On assiste même aujourd’hui, face au magma mondialiste, à un réveil.
Cette question me permet encore une fois de rappeler que pour nous l’identité ne peut se résumer uniquement à la langue. Et même si les langues d’oc ne sont pas aussi vivaces qu’on le souhaiterait, cela ne signifie aucunement que les peuples occitans (vous remarquerez que je préfère employer ces termes au pluriel car j’adhère assez peu à l’idée d’une nation occitane et préfère parler d’une zone culturelle) ont été totalement acculturés et ont disparu.
Dans le fond, la seule méthode d’assimilation définitive, c’est celle qu’ont utilisées les Américains avec les Indiens ou les Australiens avec les Aborigènes. Ou bien peut-être celle à laquelle nous sommes en train d’assister sur le continent européen, les peuples d’origine étant peu à peu remplacés par de nouveaux arrivants (majoritairement afro-maghrébins). Et ce n’est pas parce que ces nouveaux occupants du sol de France parleront (plus ou moins) français que le peuple français existera toujours…
Ben Vautier : Je vous donne ici une définition succincte de l’ethnisme : “il n’y a pas de peuple sans sa langue pas de langue sans sa culture pas de culture sans le droit à sa population de la gérer sur son territoire linguistique.” Pouvez-vous me donner votre définition de l’identitarisme ?
Philippe Vardon : Tout d’abord, nous refusons depuis l’origine de définir notre combat comme un « isme » supplémentaire. Nous ne sommes pas des idéologues et il est hors de question pour nous de construire de beaux schémas et des grilles de lecture toutes faites. Au contraire, le combat identitaire est bien la reconnaissance du monde tel qu’il est, et surtout pas une construction idéologique pure.
Mais allons-y pour une petite définition: « Conscients que c’est la diversité et non l’uniformité qui fait la beauté et la richesse du monde, les Identitaires se battent pour l’affirmation, la promotion et la défense des identités populaires face au rouleau compresseur globaliste. »
Ben Vautier : - Si demain dans des élections libres, une majorité d’Alsaciens se prononçait pour le rattachement à l’Allemagne, seriez-vous pour ou contre ?
- Les Ecossais et les Gallois ont été assimilés par les Anglais et pourtant aujourd’hui ils réclament une certaine indépendance.
Êtes-vous pour ou contre ?
Philippe Vardon : Si les Alsaciens décidaient démocratiquement – et dans une élection réellement libre – de devenir Allemands, je ne pense pas que ce soit à moi, Niçois, de leur dire s’ils ont tort ou raison. J’aurais certainement un avis sur la question, mais hors de question de me prononcer « contre ».
Je ne pense pas que l’on puisse dire que les Ecossais et les Gallois aient été assimilés par les Anglais, sinon on ne parlerait d’ailleurs plus d’eux en tant que peuple. Ils ont été placés sous domination anglaise dans le cadre d’une monarchie britannique qui a un fonctionnement aux accents impériaux finalement. Le renouveau identitaire que l’on constate en Ecosse et au Pays de Galles, et les revendications de souveraineté politique qui l’accompagnent, est à mon sens très positif. Le statut de l’Ecosse à travers la « dévolution » est très intéressant et pourrait notamment servir de modèle vis-à-vis de la situation corse.
Ben Vautier : Etes-vous pour ou contre la ratification par la France des langues minoritaires ?
Si oui pourquoi ? Si non pourquoi ?
Philippe Vardon : Je suis pour. Mais il y a néanmoins des points qui me chagrinent dans cette charte. En effet, la distinction n’y est pas clairement établie entre langues autochtones et langues allochtones. En clair, en France les locuteurs de langue kurde ou arabe pourraient revendiquer les mêmes droits que les locuteurs de langue bretonne ou occitane. Cela ne me semble pas acceptable. Je pense que cette dangereuse ambiguïté du texte devrait être levée avant d’envisager une signature définitive.
Ben Vautier : Les dérives du nationalisme sont d’après moi :
a- l’impérialisme
Quand une nation revendique une suprématie sur le territoire d’une autre nation, et exploite entre autres ses ressources naturelles.
b- le racisme
Quand la population et le pouvoir central ou des individus d’une nation agissent et parlent d’une supériorité naturelle qu’ils auraient par rapport à la population d’une autre nation.
Philippe Vardon : Je crois que bien au-delà d’être des « dérives du nationalisme », il s’agit là de traits pouvant être considérés comme des dérives de l’être humain (avidité, orgueil).
Nous sommes fondamentalement anti-impérialistes, et combattons à l’échelle du continent européen l’impérialisme politique, économique et culturel des USA tout comme l’impérialisme démographico-religieux des peuples afro-maghrébins (impérialisme qui tend à devenir aussi un impérialisme à vocation politique comme les récents propos du Premier ministre turc en Allemagne l’ont démontré).
Le racisme comme théorie de la supériorité innée d’un peuple sur un autre est condamnable et – surtout – stupide. Mais cet argument ne doit pas servir à expliquer du coup que les races n’existent pas ou encore que le mélange des races (posé comme un absolu et un objectif) serait de fait la meilleure réponse au racisme. Au final, c’est d’ailleurs pour moi le véritable racisme que le projet du métissage universel car il vise à détruire les peuples en les fondant en un seul individu indifférencié. Nous nous plaçons dans une perspective ethno-différentialiste, reconnaissant la diversité et la richesse des cultures à la surface de notre planète. La préservation de ces différences est d’ailleurs à la base même du combat identitaire.
Ceci étant dit, nous refusons tout autant les discours ethnomasochistes et culpabilisateurs qui feraient de l’homme blanc un véritable diable. Nous n’avons pas à avoir honte de notre passé !
Ben Vautier : Ne pensez-vous pas que chaque individu appartenant à un peuple a le droitde se sentir fier de son identité et de sa langue (sur son territoire linguistique) et que si cet individu est en situation d’immigration sur un autre territoire il a le droit de vouloir rester fidèle à sa langue et à sa culture d’origine. Cela dans le respect de la culture et de la langue du peuple qui le reçoit ?
Ne pensez-vous pas que chaque individu appartenant à un peuple a le droit de se sentir fier de son identité et de sa langue
(sur son territoire linguistique) et que si cet individu est en situation d’immigration sur un autre territoire
il a le droit de vouloir rester fidèle à sa langue et à sa culture d’origine.
Cela dans le respect de la culture et de la langue du peuple qui le reçoit ?
Ne pensez-vous pas que si la présence,
partout dans le monde et surtout dans tous les centres urbains,
d’individus de cultures différentes est un fait (positif pour certains et négatif pour d’autres)
il serait judicieux d’œuvrer à l’adoption d’une réglementation internationale
prenant en compte la réalité de ce monde pluriculturel réglementation internationale qui stipulerait :
1- le respect et le droit à l’identité de tous les peuples et cultures du monde
2- réglementation internationale qui condamnerait le colonialisme
si celui ci est la cause directe ou indirecte du mal-être d’individus autochtones sur leur propre territoire linguistique
et la cause de leur départ pour survivre ailleurs.
3- réglementation et organisations internationales qui étudieraient la réalité des peuples et des langues proposant
s’il le faut la refonte des frontières étatiques du monde (pour la plupart frontières artificielles issues de conquêtes)
et causes de 90 % des conflits ethniques.
Voilà mes questions et positions.
Philippe Vardon : Oui, chaque peuple a le droit d’être fier de son identité. C’est fondamental. Mais vous mettez là le doigt sur autre chose : les revendications des populations émigrées/immigrées. Vous vous posez la question du point de vue des migrants, je vous répondrai moi du point de vue autochtone, du côté de ceux qui voient des populations d’origine étrangère s’affirmer en tant que communauté et revendiquer des droits (culturels mais très vite politiques aussi) sur leur sol ancestral.
L’immigration est un drame (et non pas une chance comme l’écrivent de mauvais propagandistes…), un drame pour les migrants comme pour les peuples les accueillant. Son fondement est le déracinement et je ne crois pas qu’il existe réellement de déracinement heureux…
Il nous appartient en tant qu’acteurs politiques de nous poser la question à l’échelle collective : étant entendu (et j’en ai déjà parlé plus haut) que l’on ne peut assimiler un groupe entier et que nous avons désormais à faire à des communautés immigrées bien davantage qu’à des immigrés individualisés, peut-on alors considérer comme bénéfique à la société et à la paix civile que ces communautés perpétuent chez nous leurs traditions et leur culture ? Sincèrement je ne le crois pas… Je pense que cette optique « ultra-communautariste » est à même d’accentuer encore les tensions. Cette option étant évacuée, et celle de l’assimilation de communautés aussi fortes numériquement et aussi différentes de nous semblant désormais utopique, que faire ? Remettre les choses en ordre je crois. Et cela signifie à mon sens envisager un retour au pays de ces millions de Français d’origine immigrée qui ne sont pas heureux chez nous et ne se sentent pas Français, à tort ou à raison. C’est seulement dans cet objectif là que je me prononcerais pour un retour des immigrés vers leur culture d’origine, pour faciliter leur « réintégration » dans leur pays.
Je sais qu’une telle initiative demanderait une vraie redéfinition des rapports internationaux, en particulier entre l’Europe (et la France en tout premier lieu) et le continent africain mais elle me semble la seule à même de garantir un certain équilibre et d’éviter de vrais drames…
Malheureusement je ne crois pas nos hommes politiques dotés d’assez de courage et de volonté pour reconnaître la vérité et prendre les mesures qui s’imposent.
Pour répondre à votre question concernant une régulation internationale des problèmes liés aux sociétés multiraciales, j’ai une tendance naturelle (moult fois confirmée par l’exemple et l’observation) à me méfier des grands machins technocratiques prétendant régler par le haut les problèmes de voisinage. Je crois que le premier objectif des instances internationales devrait être d’en finir avec les migrations de population et les flux financiers…
Petite note explicative de Ben
Si j’ai accepté ce dialogue c’est parce que je suis persuadé que le débat est toujours préférable à l’invective, à la violence, à la haine, au rejet de l’autre.
Personnellement mes idées sont claires et je dois être prêt à les défendre, à les confronter
à d’autres.
Je constate à la lecture des réponses de Philippe Vardon que nous avons une vision très différente et parfois diamétralement opposée du monde ce qui n’empêche pas que le débat peut continuer.
BEN 2008
Propos recueillis par Fabrice Bianco pour Novopress France
A suivre…
Source : www.novopress.info
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29.01.2008
[Entretien] Avec Alain de Benoist
A l’heure où beaucoup sont affligés des évolutions de notre société et s’inquiètent du devenir de notre civilisation française et européenne, et alors que d’autres s’extasient devant les projets délirants des ultra-mondialistes Sarkozy-Attali, se pose avec urgence la question des possibles. Que peut-on faire aujourd’hui, pour défendre une autre vision du monde, pour lutter contre l’obsession universaliste et le tout-Marchandise ? Quels projets politiques ou sociaux sont envisageables ? Dans quel cadre agir ? Communauté gauloise s’est tourné vers l’écrivain et historien des idées Alain de Benoist, qui nous propose dans un long entretien quelques pistes de réflexion. CG : La France, et l’Europe dans son ensemble, paraissent plongées dans une phase de repli culturel et de négation de leur propre spécificité. Sur quels fondements politiques et sociaux pourraient s’appuyer une renaissance de la conscience culturelle et identitaire française et européenne ?
A. de Benoist : Nous vivons sans conteste dans ce que Cornelius Castoriadis appelait une « époque de basses eaux ». D’autres parlent de décadence ou de fin de cycle. Cette dernière expression a fait l’avantage de faire comprendre que, lorsque quelque chose se termine, il y a aussi quelque chose qui commence. Ce qui s’achève aujourd’hui, c’est le vaste cycle de la modernité. On peut caractériser cette dernière de bien des façons. Je dirais pour ma part que l’un de ses traits principaux est d’avoir généralisé dans tous les rouages de la vie sociale un processus d’indistinction, c’est-à-dire de négation des différences, relevant de ce que j’ai appelé l’idéologie du Même. Cette idéologie, qui a connu des formes religieuses comme des formes profanes, soutient que tout ce qui singularise n’a qu’un aspect secondaire et transitoire. La « renaissance de la conscience culturelle et identitaire » que vous appelez de vos vœux implique une rupture avec l’idéologie du Même, qui se déploie de nos jours à l’échelle planétaire. Une telle renaissance équivaudrait à une véritable révolution, ce qui exclut toute perspective réformiste. Comment peut-on y œuvrer ? S’il y avait une solution toute prête, cela se saurait depuis longtemps. A mon sens, c’est tout un travail de pédagogie qui est nécessaire dans l’immédiat. Mais celui-ci ne peut être entrepris que sur la base d’une analyse en profondeur de la généalogie, de la suite d’événements qui a abouti à la situation actuelle. Une attitude purement réactive ne suffit pas. Il faut que s’y ajoute une attitude réflexive, faute de quoi l’on en restera au stade de la déploration. Cette démarche doit en outre se défaire de toute nostalgie restaurationniste. L’identité elle-même n’est pas une essence, mais une substance, une dynamique narrative. L’histoire n’est pas seulement le passé. L’histoire est toujours ouverte sur d’autres possibles. Le plus important est donc d’être capable d’analyser le monde dans lequel on vit, d’essayer de discerner les formes sociales-historiques du monde qui vient, bref d’être conscient du moment historique où nous sommes. La simple lamentation, si fréquente dans les milieux de droite, n’est pas une réaction contre la décadence. Elle fait aussi partie de la décadence.
CG : Quels outils culturels, quels procédés de langage, quelles références historiques seraient aujourd’hui les plus propres à éveiller la fierté d’être Français, d’être Européen, dans un contexte sinistré qui cumule culture de culpabilisation, altérité extrême et colonisation culturelle ? Dans cette optique, quels mythes historiques ou politiques pourraient être efficacement activés ?
A. de Benoist : Plus que de « colonisation culturelle », je serais tenté de parler d’implosion de la culture (de toutes les cultures) sous l’effet de la diffusion des valeurs marchandes. Le capitalisme libéral, fondé sur un modèle anthropologique privilégiant l’individu intéressé, égoïste (il est censé rechercher en permanence son meilleur intérêt), transforme et atrophie l’imaginaire symbolique en ce qu’il tend à rabattre toute valeur sur ce qui peut être calculé, évalué quantitativement. Dans ces conditions, je ne vois pas très bien où est l’« altérité extrême » à laquelle vous faites allusion. Quant à la « culture de la culpabilisation », elle résulte d’une mode de la repentance qui revient à dévaluer radicalement le passé (les Européens sont appelés à ne se remémorer leur histoire que comme crime), tout en flattant un certain narcissisme moral (il s’agit de se poser comme moralement meilleurs que les générations qui nous ont précédés). Cette mode reste néanmoins cantonnée à certaines élites, disons pour faire bref à la Nouvelle Classe politico-médiatique. En ignorant le peuple, celle-ci fait aussi obstacle à la perception que nous pouvons en avoir. Selon un sondage récent, publié dans Les valeurs des Français (Armand Colin 2003), 84 % des Français se déclarent aujourd’hui « fiers d’être Français », ce qui pourrait nuancer votre pessimisme. Tout récemment encore, on a même pu voir notre très médiatique secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Rama Yade, se déclarer « fière d’appartenir à un pays qui ne veut pas mourir ». Le problème est que cette « fierté », découlant d’un sentiment d’appartenance élémentaire, ne signifie pas grand chose aussi longtemps que l’on n’a pas dit de quoi il faudrait être « fiers » ni défini ce que veut dire « être Français » (ou « être Européen »). Les milieux identitaires se bornent ici, le plus souvent, à renvoyer à l’origine, c’est-à-dire à l’identité héritée, ce qui me semble très insuffisant. L’identité est inséparable de la conscience identitaire, c’est-à-dire de la perception que nous en avons et de l’importance que nous donnons à tel ou tel de ses aspects. Une identité choisie peut être beaucoup plus agissante qu’une identité héritée : chaque fois qu’un individu meurt pour ses idées, il meurt pour une identité choisie. Plus que de savoir « qui est Français ? », la vraie à question à poser, dans la situation présente, serait plutôt de savoir « qu’est-ce qui est français ? » A l’époque où nous vivons, en quoi la présence française au monde peut-elle encore être singulière ? Qu’y a-t-il de spécifiquement français dans notre mode de vie ?
CG : Vous êtes depuis longtemps favorable à l’expression de tous les particularismes, ainsi qu’à la défense des autonomies locales et régionales, conçues comme devant constituer le fondement d’une renaissance d’un tissu social plus indépendant du Marché et de l’Etat, structuré par des relations humaines plus spontanées. Quelles formes concrètes pourrait prendre la constitution ou la réactivation de communautés humaines constituées, à un niveau inférieur de celui de l’Etat-nation ?
A. de Benoist : L’individualisation des comportements, qui atteint aujourd’hui son apogée, a entraîné, entre autres, une prodigieuse dé-liaison sociale. Tout ce qu’il pouvait y avoir d’organique et de concret dans la société se défait au profit de rapports mécaniques, abstraits ou intéressés. L’effondrement des solidarités naturelles va de pair avec la disparition des grands projets collectifs. A l’époque de la globalisation, on ne peut remédier à cette dé-liaison sociale que dans des cadres sociaux de proximité, qu’il s’agisse du quartier, du voisinage, de la commune, de la région, etc. Le global appelle le local, dans la mesure où l’Etat-nation n’est plus créateur de socialité. L’Etat-nation a été, dans le domaine politique, l’acteur principal de la modernité. Entré en crise dès les années 1930, de plus en plus incapable de faire face aux emprises planétaires qui se déploient aujourd’hui, il se transforme en un simple cadre de contrôle et de surveillance (l’Etat-Providence devient à la fois hygiénique et punitif, « thérapeutique » au sens de Christopher Lasch), tandis que se multiplient les communautés et les réseaux. Le tissu social, par ailleurs, n’est pas une simple affaire privée (la « société civile »). Il implique aussi un espace public, qui est celui de la démocratie participative et de l’apprentissage de la citoyenneté. C’est à partir des « formes concrètes » de toutes sortes qui peuvent s’instaurer dans cet espace public que des communautés humaines pourraient reprendre forme.
CG : L’Union européenne vous paraît-elle pouvoir constituer à certains égards une chance pour l’identité européenne ? Le fédéralisme infra-national qu’elle promeut est-il un processus positif, ou ne constitue-t-il qu’un moyen de casser les nations historiques sans donner de réel pouvoir décisionnel aux entités territoriales et humaines de niveau inférieur ?
A. de Benoist : Je suis tout à fait favorable à la construction politique de l’Europe, car l’avènement d’un monde multipolaire implique l’existence de grands ensembles continentaux qui puissent devenir autant de pôles de régulation de la mondialisation, mais je suis aussi le premier à reconnaître que cette construction s’est faite, depuis le début, en dépit du bon sens. Au lieu de partir de la politique et de la culture, elle est partie de l’économie et du commerce, en s’imaginant que, par une sorte d’effet de cliquet, la citoyenneté économique se transformerait automatiquement en citoyenneté politique. Elle s’est faite en dehors des peuples, qui n’ont pratiquement jamais été conviés à s’exprimer sur cette évolution, pourtant déterminante pour leur avenir. Elle a privilégié un élargissement hâtif à des pays dont les sentiments européens étaient pour le moins douteux, au lieu de s’engager dans la voie d’un approfondissement de ses institutions politiques, avec pour résultat l’impuissance et la paralysie. Quant au « fédéralisme », supra-national ou infra-national, dont beaucoup la créditent, il n’a tout simplement jamais été appliqué. Le fédéralisme repose sur le principe de subsidiarité (ou de compétence suffisante), qui veut que les décisions soient prises au plus bas niveau possible. Au lieu de cela, la Commission européenne s’est d’emblée posée comme omnicompétente, ce qui l’amène en permanence à trancher de tout par le haut. Il n’est pas étonnant, dans de telles conditions, que la souveraineté que l’on a enlevée aux Etats-membres ne se retrouve pas au niveau européen. Pour que l’Union européenne soit une véritable chance pour l’Europe, il faudrait d’abord que soit clairement posé un débat qu’on a toujours esquivé : celui qui porte sur les finalités. S’agit-il de faire de l’Europe un vaste espace de libre-échange, régi par les lois du marché et l’idéologie des droits de l’homme, ou de construire une puissance autonome, qui serait aussi un creuset original de culture et de civilisation ?
CG : La nation, comme forme de communauté enracinée, vous paraît-elle totalement obsolète ou peut-elle encore avoir un rôle à jouer ? Peut-elle coexister avec des entités historiques d’un niveau inférieur ?
A. de Benoist : Les nations existent. Elles ont une histoire, qui nous parle encore aujourd’hui et qu’il nous appartient de poursuivre. Elles ont souvent une langue qui leur est propre, et qui est une composante identitaire fondamentale. Elles restent le cadre d’application d’un certain nombre de dispositions juridiques de toutes sortes. Il n’y a donc aucune raison d’envisager, et moins encore de prôner, leur disparition. L’erreur, en revanche, serait de poser la nation, soit comme la forme politique la plus vaste qu’on puisse imaginer, ce que croyait Maurras, suivi aujourd’hui par les « souverainistes », soit comme une forme politique exclusive de toutes les autres. Cette erreur est fréquemment commise en France, car le mode de construction de la nation française nous y prédispose. Alors qu’en Allemagne ou en Italie, c’est le peuple qui a créé la nation, d’où a surgi l’Etat, en France, l’Etat préexiste à la fois au peuple est à la nation : au XVIIIe siècle, le « peuple français » est encore loin d’être une réalité achevée, comme le soulignait alors Mirabeau. Quant à la nation, au sens moderne du terme, c’est-à-dire en tant qu’entité proprement politique, elle n’apparaît guère qu’au moment de la Révolution, lorsque lui sont attribuées des propriétés auparavant dévolues au roi. Je distingue donc nettement la nation et l’Etat-nation, tout comme je distingue la nationalité et la citoyenneté. Dans une telle optique, la nation peut très bien coexister avec des entités politiques d’un autre niveau. Il faut seulement cesser de raisonner comme si l’on était en présence d’un jeu à somme nulle, c’est-à-dire comme si tout ce qui était attribué à ces autres entités était autant de perdu pour la nation. D’un point de vue fédéraliste, les petites nations sont appelées à se fédérer entre elles, les grandes à se fédéraliser.
CG : Le vieux mythe national-républicain voyant dans « nos ancêtres les Gaulois » les prédécesseurs de la nation française, comme idée fondant l’unité française, dans le contexte de la ruine du catholicisme, vous paraît-il encore utile, légitime et défendable ?
A. de Benoist : J’ai la plus grand sympathie pour les anciens Gaulois – et d’une façon plus générale pour tout le monde celtique –, mais en faire les « prédécesseurs de la nation française » revient de toute évidence à introduire un élément téléologique dans le cours de l’histoire, c’est-à-dire à tomber dans l’anachronisme. Telle que l’histoire s’est déroulée, les Gaulois peuvent sans doute être considérés comme étant à l’origine de la nation française, même si celle-ci a aussi emprunté à d’autres sources (romaine, germanique, etc.), mais ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une continuité ne relève au départ d’aucune nécessité historique. On a par ailleurs un peu oublié aujourd’hui que la thématique de « nos ancêtres les Gaulois » a surtout été développée, depuis deux siècles (et singulièrement sous la IIIe République), par des historiens de gauche qui voulaient saper l’idée, soutenue naguère par la noblesse, selon laquelle les Français étaient essentiellement les héritiers des Francs. Cela dit, un tel mythe (car c’est bien de cela qu’il s’agit) peut avoir un effet positif sur les esprits, à condition toutefois de ne pas en faire un principe d’exclusion. On tomberait alors dans l’impolitique. Pour prendre un exemple dans mon propre arbre généalogique, l’ancêtre le plus éloigné dont j’ai pu retrouver le nom était un capitaine italien immigré aux Pays-Bas aux environs de l’an 800, qui portait le nom d’Honorius Bonicolli !
CG : Pour le militant européen, cherchant à défendre l’autonomie de pensée comme l’indépendance politique et diplomatique de sa civilisation, l’investissement dans la politique nationale des partis peut-il encore aboutir à des résultats, ou doit-on considérer que plus rien n’est jouable dans ce cadre là ?
A. de Benoist : Je n’attends personnellement rien des partis politiques. Je crois en outre que la forme-parti, elle aussi liée à la modernité, n’est plus un outil politique opérant que de façon très marginale. Il y a encore quelques décennies, les partis politiques représentaient autant de factions désireuses de parvenir au pouvoir qui, lorsqu’elles y parvenaient, pouvaient espérer réaliser leur programme. Aujourd’hui, le système politique en place dans les démocraties libérales est visiblement pré-codé, c’est-à-dire qu’il est conçu de façon telle que les partis porteurs d’une véritable alternative ne puissent pas accéder au pouvoir (l’alternance a remplacé l’alternative). D’autre part, même les partis qui parviennent au pouvoir ont le plus grand mal à mettre en œuvre leur programme – à supposer qu’ils y soient vraiment résolus –, car ils se heurtent à des emprises excédant le cadre national qui limitent sévèrement leur marge de manœuvre et leur capacité d’action. En fin de compte, ils doivent composer avec les règles internationales, la toute-puissance des marchés financiers, l’intrication des économies nationales, etc. Il suffit d’ailleurs de chercher où se trouvent aujourd’hui les centres de décision pour constater que, parmi ceux qui décident, on trouve beaucoup plus de nommés ou de cooptés que d’élus.
CG : Comment analysez-vous la forme d’ouverture politique extrêmement large qu’a pratiqué Sarkozy pour son deuxième gouvernement ? N’est-ce pas un moyen de détruire les oppositions ?
A. de Benoist : Sans doute, et c’est évidemment de bonne guerre. Nicolas Sarkozy est parvenu à se faire élire en obtenant les voix de la fraction petite-bourgeoise du Front national. Dès qu’il a été élu, il a choisi de s’ouvrir à gauche, au risque de décevoir l’électorat qu’il avait ainsi raflé. Son principal avantage est de n’avoir face à lui aucune opposition organisée : le PS est en ruines, le FN en fin de course, les Verts ont été paradoxalement victimes de la vogue de l’écologie, le PC n’est plus qu’un fantôme et la gauche radicale cherche encore à se structurer. Il y aurait en théorie place pour un grand parti radical parlant au nom des classes populaires, mais on n’en voit pas les prémisses. Sarkozy a donc dans l’immédiat beaucoup d’atouts. Mais c’est peut-être à lui-même que l’on peut faire confiance pour les gâcher. Le nouveau président est fasciné par trois choses : l’argent, l’Amérique et le show business. Il n’est pas sûr que les Français puissent durablement se reconnaître dans cet idéal. Quant au système de l’argent, il est d’ores et déjà en train de créer très efficacement les conditions de sa propre disparition.
CG : La reconnaissance de minorités à intégrer dans les sphères du pouvoir et des médias vous paraît-elle un danger pour la civilisation française et européenne, ou au contraire une chance pour le développement de la conscience identitaire de chacun, y compris des populations européennes ?
A. de Benoist : Elle peut évidemment être l’un et l’autre. Dès lors que ces minorités existent, reconnaître leur existence revient simplement à adhérer au principe de réalité, surtout lorsque les minorités en question sont en voie d’expansion ! Mais tout dépend de l’esprit dans lequel on le fait. De ce point de vue, je trouve qu’il y a quelque abus de langage à célébrer la « diversité », ou encore les « sociétés multiculturelles », comme le font la plupart des politiciens de droite et de gauche. Nous vivons aujourd’hui dans une société multiraciale, mais certainement pas dans une société multiculturelle. La diversité dont on fait l’éloge est calquée sur la simple multiplicité des marchandises entre lesquelles le consommateur peut « choisir ». Pour l’essentiel, tout le monde se trouve plongé dans un univers tristement monoculturel, celui de la marchandise, de la logique du capital et de la course au profit. Dans l’entre-deux guerres, il existait encore de grandes familles politiques et idéologiques, possédant chacune sa façon de vivre, ses valeurs partagées, sa culture propre, ses loisirs propres, parfois même son langage propre. Ces grandes familles ont aujourd’hui perdu leurs soubassements sociologiques ou religieux. Tout le monde mène aujourd’hui plus ou moins le même mode de vie, la seule différence résidant dans les moyens, plus ou moins grands, que l’on a d’en profiter.
CG : Dans la question de l’immigration de masse, vous défendiez il y a une quinzaine d’années le principe du communautarisme à l’anglo-saxonne comme alternative à l’intégration jacobine, vouée à l’échec. Si les évolutions récentes vous donnent raison sur l’impasse que représente l’intégration jacobine pour des populations trop nombreuses et trop différentes, et surtout bien plus portées à s’intégrer à la culture libérale de la consommation qu’à la civilisation française, la communautarisme anglo-saxon montre lui aussi des signes d’essoufflement. Vers quel modèle pourrait-on s’orienter aujourd’hui ?
A. de Benoist : L’immigration de masse est un phénomène condamnable, dont les pathologies sociales sont aujourd’hui bien connues. Cela dit, dans les milieux de droite, il est fréquent d’entendre dire que les populations issues de l’immigration ne sont « pas assimilables » et, en même temps, de leur reprocher de ne « pas vouloir s’assimiler », ce qui me paraît un peu contradictoire. Si j’ai effectivement toujours condamné l’assimilationnisme jacobin, je n’ai pour ma part jamais été favorable au « communautarisme » dans le sens, toujours péjoratif, qu’on donne aujourd’hui à ce mot. Reconnaître qu’il existe des communautés différentes, dont l’existence précisément crève les yeux, est une chose ; en tirer argument pour soutenir le « communautarisme », au sens où les différences pourraient être posées comme autant d’absolus, en est une autre. Les philosophes d’inspiration « communautarienne », comme Charles Taylor, Michael Sandel ou MacIntyre, que j’ai souvent cités (les arguments qu’ils opposent à la pensée libérale sont souvent remarquables), n’ont jamais nié, bien au contraire, la nécessité d’une loi commune. Ils ont seulement souligné que cette loi commune ne doit pas exclure des dispositions juridiques différenciées dans des domaines susceptibles de faire l’objet d’un accord négocié, ni conduire à rabattre les différences sur la seule sphère privée. Il est bien clair en effet que la reconnaissance ne peut pas être à sens unique : les communautés reconnues doivent elles aussi reconnaître les devoirs et les charges afférents à leur présence dans un espace public commun, qui demeure l’espace du vivre-ensemble et de la citoyenneté. C’est à cette reconnaissance mutuelle, avec tout ce qu’elle implique, qu’il faut travailler.
CG : Vous défendez l’idée d’une alliance des cultures traditionnelles contre le capitalisme, une réactivation des modes de vie et de pensée enracinés contre l’uniformisation et l’aliénation libérales. Cette position ne souffre-t-elle pas de l’hostilité plus ou moins clairement exprimée du traditionalisme musulman contre l’Europe, qu’elle soit elle-même libérale ou traditionnelle ? Le rejet d’une grande partie des jeunes issus de l’immigration de toute forme de sympathie pour la France, que ce soit la France républicaine ou l’héritage historique, ne rend-il pas difficile une perspective de ce genre sur notre sol ? Les anciens pays colonisés conservent-ils encore un socle traditionnel qui leur permettrait, plus que les pays d’Europe, de faire face à la logique du capitalisme individualiste ?
A. de Benoist : Vous posez deux questions différentes. Comme le reste du monde, les anciens pays colonisés sont travaillés par le défi de la modernité. Leur hostilité envers cette modernité, dont ils soulignent à juste titre le caractère « occidental », est souvent faite de dépit et se conjugue à une admiration secrète mal maîtrisée. Il n’en reste pas moins qu’ils restent moins éloignés que nous ne le sommes nous-mêmes de certains traits, que j’estime positifs, propres aux sociétés traditionnelles. Quand vous parlez de l’hostilité du « traditionalisme musulman » envers l’Europe, il faudrait distinguer, d’abord entre les différentes significations que peut revêtir cette expression, ensuite entre les modalités et les motifs caractérisant l’hostilité que vous évoquez. Condamner le matérialisme et l’individualisme de l’Occident actuel est à mon avis parfaitement légitime. Ce n’est pas la même chose que de vouloir instaurer la shariah dans les banlieues ! D’autre part, le traditionalisme musulman n’est pas nécessairement synonyme d’« islamisme », et l’islamisme ne se résume pas lui-même à l’idéologie hystérique ni aux pratiques convulsives du fanatisme wahhabite. En la matière, malheureusement, les médias pratiquent un amalgame systématique. Que de nombreux jeunes issus de l’immigration, non seulement n’aient aucune sympathie pour la France, mais encore ne se considèrent nullement comme français, alors même qu’ils possèdent la nationalité française, est par ailleurs aussi incontestable que dramatique. Les premiers responsables en sont les hommes politiques, qui ont pendant trente ans refusé de regarder en face le problème de l’immigration et ont cru qu’il suffisait d’instaurer le « droit du sol » pour transformer les consciences. On paie aussi le prix de l’absence de tout projet collectif. Le service militaire a lui-même disparu sans qu’on se soucie de le remplacer par autre chose. Cependant, il faut aussi admettre qu’on ne voit pas très bien pourquoi les jeunes issus de l’immigration devraient se sentir français alors que tant de jeunes Français « de souche » n’éprouvent eux-mêmes que des sentiments d’indifférence vis-à-vis de leur propre histoire. Je ne dis pas cela pour chercher des excuses aux uns ou aux autres. Il est évident que celui qui me désigne comme son ennemi devient automatiquement mon ennemi, que cela me plaise ou non. Mais je ne crois pas non plus qu’il soit sain de ne se situer que dans la perspective du rapport de forces. Disons qu’on peut, à mon avis, rejeter d’un même mouvement l’irénisme et la xénophobie.
CG : Vous dénoncez depuis longtemps la pauvreté de la civilisation matérialiste et marchande qui s’impose partout et à tous les niveaux en Europe. Quelles valeurs concrètes lui opposer ?
A. de Benoist : Tout simplement, les valeurs qui lui sont le plus opposées. Le désintéressement, d’abord, le sens de la gratuité, le souci de l’autre, la volonté de ne pas rechercher systématiquement son meilleur intérêt, l’esprit communautaire, le sens des solidarités organiques, la volonté de participation à la vie publique, l’idée que la liberté résulte de cette participation, et non d’un repli sur la sphère privée. Nous vivons aujourd’hui dans une société qui se veut indifférente à la « vie bonne », mais qui s’affirme en même éminemment moralisatrice. Le regretté Philippe Muray parlait très justement d’« Empire du Bien ». L’idéologie dominante sécrète en effet une morale, mais c’est une morale qui, d’une part, se rapporte à la société dans son ensemble (elle est appelée à devenir plus « juste »), et non plus aux conduites individuelles, et qui, d’autre part, dérive de la vieille morale du péché, rabattue sur la vie profane et universalisée dans l’esprit des droits de l’homme. A la morale du péché, il est toujours loisible d’opposer l’éthique de l’honneur, fondée sur le courage, la droiture, le respect de la parole donnée, le sens de l’honneur, le goût du don.
CG : Alain de Benoist, quels sont actuellement vos projets de recherches ou vos chantiers littéraires ? Pourriez-vous un jour, à un titre ou un autre, vous engager plus directement dans la vie politique, ou vous destinez-vous uniquement à votre travail intellectuel ?
A. de Benoist : Les projets ne manquent pas. C’est plutôt le temps pour les réaliser qui fait défaut. Non, je n’envisage nullement de m’« engager plus directement dans la vie politique », car je n’en ai ni les compétences ni le goût. On ne fait bien que ce pour quoi l’on est fait. En d’autres termes, on ne choisit pas sa vocation.
Merci beaucoup, monsieur de Benoist, pour avoir pris le temps de répondre à nos questions.
Source : Communauté Gauloise
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24.01.2008
[Entretien] Les questions du Réseau - Durandal
Après avoir obtenu une interview / débat très intéressant il y'a plusieurs mois avec l'écrivain Alain Soral , le site www.fdesouche.com prévoit d'interviewer en exclusivité Mr Le Pen
Le site www.fdesouche.com dans une démarche que Mme Royal aurait qualifié de "participative" propose à ses lecteurs de soumettre eux-mêmes leurs questions
Parmi les nombreuses questions qui peuvent porter sur tous les thèmes tant qu'elles sont sérieuses , certaines seront sélectionnées et posées en direct à Mr Le Pen
Le Réseau - Durandal a donc décidé de proposer trois questions qui seront ainsi peut-etre soumises à Mr Le Pen :
"Mr Le Pen , que pensez vous de l’essor du mouvement identitaire en France diamétralement opposé au jacobinisme cocardier que vous défendez ainsi qu’à la vision assimilationiste défendue par Mr Soral et consorts ?



Selon vous une Europe puissance à des années lumières de l’état technocratique bruxellois dirigée pour et par les peuples européens nuirait-il forcément à la nation française ?
Et enfin , un peu de fiction comment voyez-vous l’Occident dans 50 ans , et sa chute est elle selon vous irrémédiable ?"
Si vous aussi souhaitez poser vos questions au chef de la droite nationa